Dans l'interminable série de SAS (commencée en 1965 et qui continue toujours), on peut considérer "Magie Noire à New York"
comme le meilleur numéro de toute la collection. Je sais que cette affirmation est osée, en regard à la dimension de la série, mais je la maintiens.
Précisons tout d'abord que cet opus s'éloigne du standard SAS habituel. Ici, le Prince Malko Linge n'est pas envoyé dans un pays du Tiers-Monde pour une mission impossible. Non, il intervient à son corps défendant, puisqu'il est victime d'une "opération de magie noire". Cela consiste à retourner un espion en exerçant sur lui un chantage. Ainsi donc, le KGB soviétique monte un complot pour faire croire que Malko Linge est un ancien officier SS, coupable d'atrocités pendant la guerre. Pour
échapper aux poursuites, il n'aura d'autre choix que travailler pour l'URSS. Le malheureux SAS devra voyager et se battre pour échapper à cette monstrueuse machination, relativement courante dans l'
espionnage.
Tout de suite, on est frappé par l'ambiance du bouquin et le ton du récit. On est loin du SAS habituel. Dès les premières lignes, tout est glauque, noir, sombre, définitivement pessimiste. Bien sûr, Gérard de Villiers respecte les règles qu'il a lui-même édictées et n'oublie pas les jolies filles qui couchent avec le héros. Mais on s'en aperçoit à peine, tant la noirceur recouvre tout. Influence de John Le Carré et des grands auteurs américains ? C'est possible et même probable.
Après l'ambiance, c'est le suspense qui prend à la gorge. On est saisi dès la première page et on étouffe jusqu'à la dernière. La machination contre SAS est décrite avec un machiavélisme qui fait peur. Ses tentatives pour y échapper sont presque pathétiques. On souffre avec lui, on transpire avec lui. Rarement un tel suspense aura été écrit. Et rarement on n'aura perdu nos illusions au même rythme que le héros. Après la fin, on restera groggy et un peu dégoûté, en découvrant notre monde sous un jour aussi glauque.
Un roman d'espionnage de tout premier plan. A la hauteur des meilleurs Le Carré ou Hitchcock. Non, ce n'est pas exagéré. Lisez.