Vers la 4e guerre mondiale?
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Publié le : octobre 18, 2005
Si le monde devait un jour sombrer dans une nouvelle guerre mondiale d’ampleur civilisationnelle, comme le prévoit le théoricien du « choc des civilisations », Samuel Huntington, le conflit israélo-palestinien serait inéluctablement sa matrice. C’est l’idée que défend Pascal Boniface dans ce nouveau livre intitulé « Vers la 4e guerre mondiale ? ».
Membre du Comité consultatif sur le désarmement auprès du Secrétaire Général de l’ONU, Pascal Boniface est également directeur de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques et enseignant à l’Institut d’Etudes Européennes. On lui doit une quarantaine d’ouvrages sur les questions géopolitiques.
Quatrième guerre mondiale ? Oui, si l’on admet que la guerre froide entre les deux blocs dont le monde vient de sortir, était une véritable guerre mondiale, la troisième du nom.
« Le conflit israélo-palestinien, mineur en termes d’extension géographique, est devenu majeur pour ce qui est de ses conséquences géostratégiques potentielles. Il se situe au ground zero d’une guerre entre l’Islam et l’Occident. Un nombre croissant d’Arabes et de musulmans tiennent pour responsables le monde occidental en général, et les Etats-Unis en particulier, de l’impunité internationale dont jouit, à leurs yeux, dans une indifférence insupportable, le gouvernement israélien (…) ».
C’est l’islamologue anglais qui, le premier en 1964, a appréhendé le conflit du Proche-Orient en termes de « choc des civilisations ». Il écrit à cet égard « la crise du Proche-Orient ne surgit pas d’une querelle entre Etats, mais d’un choc de civilisations ». De ce fait, d’après lui, il serait vain de chercher une solution politique à un conflit dont les racines résident dans l’essence même des peuples en situation de confrontation. En d’autres termes, s’il y a conflit, c’est parce que Israéliens et Palestiniens et les Arabes avec ces derniers, sont représentatifs de deux cultures, deux identités et deux civilisations qui ont de tout temps été en situation de confrontation que seule une victoire militaire de l’un des deux camps sur l’autre pourrait résoudre.
Pour Bernard Lewis, l’Occident n’a d’autre choix que de soutenir Israël en tant que représentative de la civilisation occidentale et avant-garde isolé de cette dernière. C’est cette conception qui a prévalu en Occident en fait depuis la création de l’Etat hébreu en 1948 et qui explique en partie, la constance du soutien inconditionnel dont il jouit de sa part.
Depuis sa reprise par Huntington et les néo-conservateurs américains, la théorie du « choc des civilisations » a connu une nouvelle vigueur à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 perpétrés par Al Qaïda au nom du combat contre « les juifs et les croisés », accusés de mener une guerre contre l’Islam en Irak et en Palestine. Curieusement, ce sont les extrémistes islamistes qui semblent vouloir donner confirmation à cette théorie dont le principal reproche que Boniface lui fait, c’est de l’inscrire dans un devenir inéluctable : « Rien n’est plus faux, écrit-il. Il n’y a pas plus d’automaticité ou de déterminisme de conflit entre les civilisations qu’il n’y en a entre Etats. L’Histoire est faite par des hommes, les peuples et les dirigeants. Leurs actions et leurs décisions peuvent aussi bien conduire à la guerre que l’éviter (…). Si occidentaux et musulmans s’habituent à des discours qui les présentent mutuellement comme des ennemis irréductibles, ils croiront de plus en plus à cette hypothèse et ne pourront que développer des relations antagonistes ». C’est malheureusement le discours qui domine actuellement la scène arabe voire musulmane, et dont les chaînes satellitaires arabes se font à qui mieux mieux le vecteur et le porte-voix. Et pour ne pas arranger les choses, l’intransigeance israélienne, l’alignement inconditionnel des Etats-Unis derrière l’Etat hébreu, ajouté à l’irrationalité de leur guerre en Irak au nom de la lutte contre le terrorisme, nourrit autant qu’elle senourrit d’un tel discours.
C’est la raison pour laquelle l’auteur plaide pour une implication de la communauté internationale pour résoudre ce conflit : « Le sort du monde peut se jouer sur ces quelques kilomètres carrés (…). Si le conflit ne prend pas fin, il risque non seulement d’entraîner dans un suicide mutuel les peuples israélien et palestinien, mais également de précipiter le monde vers un choc généralisé ».