LA NARRATOLOGIE
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Publié le : novembre 04, 2007
Les premiers
travaux en narratologie des études littéraires modernes proviennent du formalisme
russe et tout particulièrement des travaux de Victor
Chklovski et de Boris Eichenbaum.
En Allemagne la
narratologie s''est développée sous l''impulsion de Franz Karl Stanzel et de Käte Hamburger.
Comme la sémiologie,
la narratologie s''est développée en France à la fin des années 1960, grâce aux
acquis du structuralisme. En 1969, Tzvetan
Todorov, forgeait le terme dans grammaire du Décaméron, et en 1972, Gérard
Genette définissait certains de ses concepts fondamentaux dans Figures
III.
Le personnage
Un récit est
composé de plusieurs éléments essentiels, notamment un personnage,
c’est-à-dire celui qui participe à l’histoire, le narrateur, celui qui
raconte l’histoire et, enfin, un auteur, celui qui l’écrit. Il ne faut
donc pas confondre le narrateur et l’auteur, puisque le narrateur n’est, en
fait, qu’un rôle joué et inventé par l’auteur. Donc, le narrateur narre
l’histoire et l’écrivain l’écrit.
De même, tout
comme une œuvre contient un auteur implicite, il existe aussi un lecteur
et une personne construite à qui on destine le récit, c’est-à-dire le destinataire :
« Le texte, objet de communication, ne se conçoit pas sans destinataire
implicite. » (JOUVE, Vincent. L’effet-personnage dans le roman,
coll. « Écriture », Paris, PUF, 1992, p.18) Le destinataire se
définit comme le lecteur implicite à qui s’adressent les « effets de
lecture programmés par le texte » (JOUVE,
Vincent. L’effet-personnage dans le roman, coll.
« Écriture », Paris, PUF, 1992, p.21), soit celui à qui s’adresse la
narration. Selon Vincent Jouve, à la suite de l’analyse du
destinataire on peut théoriquement mettre au jour les réactions du
« lecteur réel », c’est-à-dire le sujet bio-psychologique qui tient
le livre entre ses mains, lors de sa lecture du texte.
En narratologie,
on nomme le destinateur « narrateur », par définition celui qui émet
le message, et le destinataire « narrataire », celui à qui s’adresse
le discours énoncé. Le narrataire n’a pas plus une existence réelle que le
narrateur : ils n’existent que sous la forme textuelle.
ETYMOLOGIE /
etymology
ETUDE SEMANTIQUE
/ Definitions
COMMENTAIRE /
Analysis
L’anachronie est
un fait narrationnel qui tient à un écart par rapport à la cohérence
inscrite dans l’horizon d’attente du récepteur socialisé et à la doxa
chrono-logique du « post hoc propter hoc », laquelle
contribue à fonder cette cohérence et à la rendre désirable. Les anachronies,
ou digressions temporelles proprement dites,
sont de deux types selon qu’elles « sautent » vers le passé (analepse)
ou vers l’avenir (prolepse).
On pourrait se
demander cependant s’il n’est pas des anachronies d’un troisième type, métaleptique
ou plutôt « dysleptique », lorsque la narration d’un
événement l’assigne à une place insituable par rapport aux structures
temporelles qui fondent la communication en langue et rendent possible une
correspondance apparente de l’ordre du narré avec l’ordre de la
narration : ce n’est pas une simple hypothèse d’école, comme le montrent
des récits de schizophrènes, certains contes merveilleux, certains récits de
fantasy et de SF, ou encore les nouvelles de La guerra del tiempo d’Alejo Carpentier,
entre autres. En ce qu’il multiplie et dissémine l’anachronie, ce cas se
rapproche, sans se confondre avec lui, de celui que Genette appelle «structures
achroniques » et dont il voit des exemples chez
Proust lorsque des anecdotes concernant différents personnages sont disposées
« géographiquement », selon l’arbitraire ou l’aléatoire des stations
de chemin de fer sur un trajet un jour emprunté par le narrateur. (pp. 119-120)
Les « dyslepses » résulteraient de la rencontre de deux systèmes
temporels incbles (temps irréversible et temps réversible, ou cyclique,
par exemple), tandis que les achronies résultent d’une sorte de lutte pour le
pouvoir entre les composantes spatiale et temporelle du système spatio-temporel
informant la communication narrative. La spatialisation littéraire moderniste,
analysée par Joseph Frank dès 1945,
a beaucoup joué pour développer l’achronie.
L’anachronie,
définie ci-dessus comme non-concordance de l’ordre de la narration avec
celui des événements narrés dans les cadres temporels du monde
représenté, n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, exception ou
infraction, mais la règle. Genette dit fort bien, dans sa terminologie propre,
que «l’état de référence parfaite coïncidence temporelle
entre récit et histoire <...> est plus hypothétique que réel» (p. 79) De même,
Mieke Bal confirme-t-elle que «le principe d’ordonnancement le plus familier
est la présentation des événements dans un ordre différent de l’ordre
chronologique ». (p. 50) Chatman, de son côté, nous assure que «de telles
distinctions se basent sur l’hypothèse d’un fil narratif unique, porteur, en
quelque sorte, du centre de gravité temporel» (p. 66) et tente de démontrer
que, dans le cas contraire, la convention de «développement sans compte
rendu » peut s’appliquer, à savoir que «lorsque le récit passe d’une
sous-intrigue à une autre, les personnages abandonnés poursuivent une existence
non enregistrée ». Tout ceci est assez métaphorique et aurait gagné à
utiliser des outils d’analyse plus rigoureux et à éviter la confusion entre la
construction lectorale du sens narratif et l’énonciation textuelle des
narrèmes.
L’important est
qu’en tout état de cause, il ne saurait exister de récit parfaitement linéaire,
dans la mesure où la parole est successive et ne dispose pas de moyens de dire
simultanément ce qui, dans la diégèse, est censé se produire en même temps,
d’où le procédé : «meanwhile, back at the farm ». Or un événement,
comme un malheur, n’arrive jamais seul. À l’écrit, le narrateur est encore plus
handicapé à cet égard, ne pouvant même pas, contrairement à ce qui se passe,
par exemple, dans un duo d’opéra, énoncer simultanément des mots prononcés par
des interlocuteurs qui parlent en même temps —sauf si ce sont les mêmes mots (énonciation
chorale).
D’autre part, si
l’ordre de la narration peut épouser dans une certaine mesure celui des
événements censés être advenus dans la période de référence, celle-ci n’est que
rarement délimitée d’entrée de jeu, même quant à son commencement (cas d’une
chronique de guerre, du journal de bord d’une expédition).