C’
est un ouvrage précieux et unique, écrit par une femme aristocrate laïque à l’époque carolingienne vers le milieu du IXème siècle. Il est rédigé en latin avec des expressions tirées du grec mais aussi de l’hébreu. Ce livre présente l'avantage d'être restitué dans l'écriture originale avec une traduction française.
Le sujet principal de ce manuscrit est une mère qui s’adresse à son jeune fils
Guillaume, éloigné d’elle pour raison politique.C'est une période trouble du IXème siècle où l'analyse politique, sociale et économique est très instructive sur la cour carolingienne. Bernard de Septimanie,comte de Septimanie, ancien chancelier de Louis le Pieux et mari de Dhuoda avait dans le passé beaucoup intrigué, hésitant à choisir son camp entre les héritiers de Louis le Pieux, tous en rivalité pour la possession de l'Empire de Charlemagne. C'est en 841, après la bataille de Fontenay en Puisaye que Dhuoda , seule, en résidence surveillée à Uzès suite aux dispositions de son mari alors que lui se trouve à la cour de Pépin II en Aquitaine, décide d'écrire son manuscrit à l'attention de ses deux enfants. Le premier Guillaume, 15 ans héritier de cette illustre famille vient de partir à la cour de Charles le Chauve sur les instances de son père qui l'a donné comme "gage" de réconciliation envers son roi.. Le deuxième enfant né à Uzès de cette même année 841,a été enlevé par l'évêque Eléphant avant même son baptème nous précise-t-elle sur les ordres de son mari. «. Ton père Bernard se le fit amener en Aquitaine par Eléfant, évêque d’Uzès, avant même
qu’il eut reçu le baptême. Les ordres de mon seigneur vous ont éloignés de moi et m’ont fait faire un long séjour à Uzès où je me suis réjouie de ses prospérités… »
« Mais le cœur plein de toi et de ton frère, j’ai fait écrire pour toi ce petit livre selon ma faible intelligence. Quoique mille obstacles s’opposent à ce que je te vois, te voir est le premier de mes soucis, le seul devant Dieu. » .
Dhuoda, privée de ses deux enfants raconte l' histoire et la place que tient les ancêtres dans cette famille.
Dhuoda doit avoir aux alentours d'une quarantaine d'années à cette époque. Bien qu’elle dise le contraire, c’est une femme vive, intelligente et active, qui n’en est pas moins observatrice et curieuse de son temps. Elle souligne son intérêt pour le jeu des tables mais aussi le métier des orfèvres : « ceux qui travaillent les métaux, lorsqu’ils entreprennent d’étendre l’or pour l’appliquer, attendent le jour et le temps convenables et opportuns, l’heure et la température voulues, de telle façon que l’or utilisé pour cette décoration, brillant et étincelant parmi les plus splendides métaux, prennent un éclat encore plus vif. »
C’est une femme de caractère mais d’une extrême douceur sachant pardonner en excellente chrétienne. Elle insiste sur la place de Dieu, la morale sociale, les devoirs de Guillaume envers son père, la fidélité envers son seigneur, les conseils sur les « Grands du Royaume » et enfin le respect envers les hommes d’église.
Dhuoda est une lettrée. Son amour des livres et de la lecture est évident.
Elle a reçu une éducation soignée puisque noble de naissance. Son appartenance à une famille aristocratique probablement austrasienne lui assure ses connaissances. Bien qu’elle ne cite pas directement les auteurs utilisés pour la rédaction de son œuvre à part Donat, elle souligne bien quand même qu’elle a pu écrire grâce aux livres mis à disposition. Deux ouvrages essentiels référencés à son époque et qui font parties des meilleures bibliothèques sont « Les Synonymes » d’Isidore de Séville et la « Régula pastoralis » de Grégoire le grand. La poésie a aussi sa place et Dhuoda n’hésite pas à citer le « liber Cathemerinon » de Prudence et quelques pièces d’auteurs précarolingiens. Elle aut particulièrement les lectures hagiographiques et les livrets de prières privées. Pareillement l’époque, Saint Augustin est incontournable comme la règle de Saint Benoît. Dhuoda possède une grande connaissance de l’Ancien et du Nouveau testament et utilise souvent en référence, le « Livre de Job » et « l’Evangile de Saint Mathieu » sans oublier les « Epîtres de Saint Paul.
En lisant le manuscrit de Dhuoda on peut penser à un "miroir" mais c'est surtout un beau message d'amour maternel qu'elle exprime soucieuse de parfaire l'éducation et la morale de ses enfants ce qui est assez rare comme témoignage féminin.
Son mari sera décapité à Toulouse pour haute trahison et félonie envers son roi, et son fils Guillaume sera lui aussi tué à Barcelone. On suppose que le manuscrit de Dhuoda lui est parvenu puisque le manuel se trouve à la Bibliothèque de Barcelone.
Quant à son fils Bernard, il sera le fameux Bernard Plantevelue qui aura pour fils le non moins célèbre Guillaume le Pieux fondateur de Cluny.
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