Les crimes célèbres : La Marquise des Ganges
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Publié le : juin 03, 2007
À treize ans, en 1649, Marie Châteaublanc épousa M de Castellane commandant de galères du Roi. Elle était très belle et avait été remarquée par Louis XIV, lui-même, et complimentée par la reine Christine de Suède.
Sa famille était très riche et à la mort de son aïeul maternel, Mr Joannis de Nochères , elle hériterait d'une somme importante. Son comportement était si réservé que les calomnies fatales des rivales ne parvenaient pas à ternir sa réputation.
Son mari, périt dans le naufrage de sa galère dans les mers de Sicile après sept ans de mariage mais seulement un an de vie commune. Marie passa les trois derniers mois de son veuvage, à sa demande, dans un cloître. Là, les pauvres filles recluses lui parlèrent avec enthousiasme d'un homme dont la beauté était égale,comme homme, à la sienne, comme femme. Il s'agissait du marquis des Ganges qui avait aussi entendu parler de la beauté de Marie.
Les deux se rencontrèrent, s'aimèrent et se marièrent, lui, à 20 et, elle, à 22 ans, au début de 1658. Les premières années de mariage furent heureuses et le couple eut une fille et un fils. Peu à peu, cependant, le marquis reprit sa vie de célibataire et Marie retourna à la société. Le marquis fit venir, pour cohabiter sous le toit conjugal, deux de ses deux frères, le chevalier et l'abbé des Ganges.
L'abbé qui, malgré son titre n'appartenait pas à l'église, était un bel-esprit libertin et éhonté, le chevalier un homme médiocre et sans personnalité subissant, sans le savoir, la forte influence de son frère. L'abbé avait également pris une forte influence sur le marquis qui finit par lui laisser l'administration de ses affaires. Les deux frères furent impressionnés par la marquise et l'abbé se jura qu'elle serait à lui. Les nouveaux venus apportèrent un peu de vie dans la maison et insensiblement, au début, la marquise ne désapprouva pas les avances de l'abbé et ensuite le traita avec mépris. Sur ces entrefaites, Joannis de Nochères mourut et sa fortune revint à la marquise. qui en fut la seule bénéficiaire parce que dans les pays régis par le droit romain un bien dit paraphernal, ce est-à-dire arrivé après le mariage, n'est pas compris dans la dot de la femme.
Marie se renseigna sur ses droits. Cette démarche, qui montrait qu'elle avait l'intention de soustraire le nouvel héritage de la communauté, provoqua une tentative manquée d'empoisonnement. Marie décida de faire un testament. En, secret, elle réunit les magistrats et quelques notables, signa devant eux le testament transmettant ses biens directement à ses enfants et déclarant publiquement de vive voix et confirmant par écrit que n'importe quel testament présenté ensuite serait le fruit de la ruse et de la violence. Un jour, elle resta seule, au château, avec l'abbé, le chevalier et un aumônier nommé Perrette sans compter quelques domestiques. Le soir, après une réception, l'abbé tenta de l'assassiner la marquise lui donnant le choix entre le poison, le feu et l´épée du chevalier. Elle supplia ses bourreaux de lui laisser la vie sauve mais elle fut obligée de choisir le poison ce qui lui semblait la moins terrible des options. Elle but donc le breuvage composé d'arsenic et de sublimé (bichlorure de mercure). Elle fut même obligée de consommer le fond du verre où s'était précipité une partie du poison.
Mais elle parvint à rejeter ce fond de verre l'ínsu de ses bourreaux. Marie profita d´une inattention l'abbé pour tenter de s'enfuir. Elle fut rejointe et une confusion s'en suivi où les meurtriers mirent, dans un premier temps, le public de leur côté convainquant que Marie était folle. Mais comme les femmes du voisinage commençaient à s'occuper de la victime, l'abbé tenta de la tuer par un coup de feu qui fut dévié par une assistante. Finalement, les autorités furent appelées et donnèrent protection à la malheureuse qui mourut dix-neuf jours après avoir reconté à la justice tous les détails de l'aventure.
Déjà l'abbé et le chevalier s'étaient enfuit. Le marquis, l'aumônier et les domestiques furent arrêtés. L'entrée à Avignon du groupe fit sensation. L'abbé et le chevalier furent condamnés à mort, le marquis fut exilé du royaume et le prêtre Perrette fut condamné aux galères perpétuelles.
Le premier à mourir fut Perrette à la chaîne durant le trajet entre Toulouse et Brest. Le chevalier mourut au service de la Sérénissime République de Venise, au siège de Candies, contre les Turcs. L'abbé, lui, sous le nom de Lamartellière, se fit engager comme précepteur du fils du comte de Lippe souverain de la principauté de Viane. Il tenta d'épouser une protégée de ce dernier. Son manque de noblesse apparent empêchant le mariage, pour convaincre, il déclina sa vraie identité et fut exilé.
À Amsterdam, il se fit maître de langues et sa maîtresse le rejoignit. Son ancien pupille survint à ses besoins et mourut après une seconde vie exemplaire. Le marquis des Granges, après quelques années, revint au château des Ganges où il vécut protégé par l'intendant du Languedoc parce qu'il forçait ses vassaux à aller à la messe. Il y tenta de séduire sa belle-fille et pour cela fut dénoncé par son propre fils. Le marquis se réfugia au comtat Venaissin et on n'entendit plus parler de lui.