LES AFRICAINS : initiation à une longue histoire et à de vieilles civilisations des peuples
Auteur :
Pierre Alexandre
Résumé : Janvier Quattor
Publié par les éditions Lidis de Paris en 1981, ce livre de 607 pages contribue à la vulgarisation de l’histoire des peuples d’Afrique. L’auteur, un professeur acquis à la culture négro-africaine, part des temps les plus reculés pour mener le lecteur jusqu’au début de la vaste colonisation par les Européens. La date limite ad quem est abitrairement 1885 qui correspond au partage officiel de l’Afrique au fameux congrès de Berlin.
La thèse est claire : les différents peuples africains ont une histoire riche et variée quoi que l’on doive la trouver non dans des livres, mais dans les vestiges archéologiques et dans des traditions orales,souvent bien élaborées, conservées, mais inaccessibles aux non initiés.
Certains faits ont contribué à une méconnaissance ou à une mal connaissance de l’histoire de l’Afrique. Citons notamment des siècles de presque vase clos, et la colonisation européenne qui a gommé cette histoire ou l’a mise en dérision.
Le but de l’auteur est bien clair : sortir cette connaissance scientifique du seul cercle des initiés pour permettre à tout lecteur de faire un tour complet de ce continent aux populations et cultures à la fois variées et assez comparables. Mais attention, il ne s’agit plus ici de retrouver ces amalgames entre ethnies et langues, entre génétique humaine et linguistique. « La peau noire ne suffit pas à faire le Nègre » (page 37). Pierre Alexandre explore davantage les facteurs écologiques et socioculturels qui forment la toile de fond de ces différentes civilisations et cultures. Et comme nous le dit si bien le père de la négritude, Léopold S. Senghor, dans sa préface, ce livre constitue "un regard neuf pour l’Afrique noire »(p.5)
Ce livre « Les Africains », comme son titre le souligne, nous retrace les grands traits des peuples africains : la famille ou les familles et leur vie quotidienne, le pouvoir et l’organisation de la société, et hélas les traces de la période sombre du calvaire de la traite des Noirs qu’il appelle « la grande saignée ». Les responsabilités de cette dernière tragédie ne sont pas uniquement à rejeter aux Arabes et Européens, mais elles sont aussi partagées avec les chefs africains de ce temps qui vendaient leurs populations. Démystification nécessaire donc.
Ce volumineux livre d’histoire a le mérite de ne pas ennuyer. On croirait lire un roman qui vous transporte d’un empire à un autre, d’un petit royaume bien constitué à une entité bien modeste mais complète. On passe des empires soudanais aux royaumes Ashanti, Buganda, Luba, Lunda, Rwanda, Toro, Zulu, sans une moindre fatigue.
Tout professeur et spécialiste qu’il est, Pierre Alexandre demeure modeste et réaliste. Il ne nous fait pas croire qu’avec ce livre on a fini de comprendre les méandres de l’histoire de l’Afrique dite abusivement noire en référence aux caractéristiques somatiques des peuples. Il a d’ailleurs tendance à épouser les termes « Afrique subsaharienne » et « Afrique tropicale » quoi que toujours discutables. Rien n’est définitivement établi. Bref, il nous rappelle que ce continent, très vaste et complexe, ne peut se réduire aux schémas simplistes adoptés par les Occidentaux et leurs émules africains « occidentalisés ». Il faut voir, écouter et lire en profondeur.