Je fus un être spirituel, un souffle de chaleur, invisible et éternel… Un jour, mes ailes se sont brûlées car trop curieuse j'ai été… Les divinités ont été clémentes… je serai déchue uniquement le jour… La
nuit, qui abrite souvent les peurs et les larmes, je retrouverai mes ailes… Cependant, mes nuits, qui s'annonçaient éprouvantes, sont devenues lumières, car à travers une
fenêtre, un être a touché mon âme. Sa maison avait la particularité d'avoir toujours une pièce où la lumière restait allumée. Comme si elle refusait que la nuit se pose sur elle. Pourquoi le marchand de sable n'y versait-il pas sa poignée de poussière d'étoiles ? Quand je me suis approchée de la fenêtre, un
homme s'y trouvait. Nous étions face à face… mon regard était plongé dans le sien mais lui ne me voyait pas… Peut être ressentait-il ma présence ? Son regard était tant contradictoire… un mélange de certitudes et de confusions. Depuis, chaque nuit, je me rends devant cette fenêtre et je le regarde s'allonger auprès de sa dulcinée. La fenêtre de leur chambre est toujours entrouverte… Cohabitent alors cette envie irrésistible de m'approcher de lui et la peur de provoquer à nouveau la colère des divinités. Mais cette nuit, le vent est complice de mon
désir… la fenêtre s'ouvre entièrement. Je pénètre et m'approche de cet être. Au prélude, je ne fais qu'observer le positionnement de ses mains. Mes yeux se posent sur son ventre pour adapter sa respiration saccadée à l'apaisement de mon
cœur. Son corps dort mais son âme est si agitée… Elle me trouble, m'attire, m'appelle… Je ne peux résister à me glisser sous ses draps… Ce n'est pas un acte de curiosité mais bien le désir profond de transformer ses tourments nocturnes en féeries… Il m'intrigue tant ! Je m'allonge du côté où sa dulcinée ne me trouve pas, car je ne dois en rien troubler les jours paisibles de cette
femme… Comme une communion ne peut débuter que par un baiser, je frôle délicatement ses lèvres…. Je goûte d'abord sa lèvre inférieure, charnue et douce... puis sa lèvre supérieure, salée et discrète. Doucement, ma bouche glisse dans son cou, devient caresse puis souffle d'apaisement. Mes doigts dessinent toutes les lignes de son front que le temps a tatoué, tant de tensions y siègent. Ma main alors découvre les courbes de son nez, la texture de sa bouche, la raideur de son cou, ne visant atteindre que le siège de ses émotions...Je le sens, il s'apaise… L'aurore arrive… je dois partir. Le jour, je suis une femme.
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