La plus part des passagers sont des arabes qui partent fuyant la misère, le chômage, la maladie et l’humiliation, vers un destin incertain. Mais, c’
est toujours une tentative de sortir de ce marasme qui tue l’Algérie et les Algériens. Sur leurs visages, je ne vois que la tristesse et la désolation. Ils sont presque tous jeunes, pas plus de vingt, vingt-cinq ans. Alger a disparu à l’horizon, la mer entoure le bateau de tous les côtés, le ciel est dégagé, le bleu est partout et la foule s’est dispersée. De rares passagers demeurent sur le pont à cause du froid. Un vent léger,
.../...C’est la première fois que je ne pense à rien ou plutôt je ne peux penser, je regarde sans voir, peut être ce bleu qui envahit jusqu'à ma pensé, me bloque le cerveau. Ah ! Qu'il est difficile de quitter son pays, même s’il est l’Algérie de la guerre, de la barbarie et de la souffrance. Maintenant, je suis certain que je ne pourrai vivre
loin de ma terre natale, loin de mes parents, loin de mon école, loin de mon village. Je ne pourrai vivre qu’au sein de ma tribu, de mon peuple, même s’ils sont dans la misère. Un jour cette misère disparaîtra et nous vivrons dans le bonheur, la joie et la prospérité.
.../...je me déshabille, je rentre doucement dans la baignoire, je m’assis et puis, je m’allonge.
Quel plaisir ! Quelle sensation et je
rêve !
Je rêve sans rêver et sans rêver, je rêve.
Pauvre petit Adila, tu es perdu entre le rêve et la réalité, entre le moi et le je, tu es ce que tu crois être, alors que tu n’es que toi et non pas moi.
Tu es perdu entre Adila et Bernard, entre l’indigène et l’Européen. Entre le gamin et l’adulte et entre la fraternité et la haine.
Tu ne peux être que ce que tu es, alors ne rêve plus et restes ce que tu es.
Je ne rêve plus, je sors de la baignoire sans me laver.
Je n’ai plus l’envi de rêver.../...
Dans la glace je me vois plus beau, plus grand, plus heureux, plus joyeux, et plus fort.
Tout d’un coup, je vois encore plus
claire, je suis triste, je suis faible, je ne suis rien, je suis l’horreur, simplement je suis la mort.
Je pleure, je pleure à haute voix.
J’ai pleuré pendant tous mes onze ans, sans que personne n’y fasse attention.
.../...
Dans la cuisine Josiane et sa mère travaillent d’arrache-pied pour être à la hauteur de la tâche dont elles sont volontaires. Moi et Claire nous sommes au repos, nous regardons à la télévision, un film de western où les méchants indiens sont massacrés sur leur territoire par les bons visages pâles venus d’Angleterre, d’Irlande, d’Ecosse, et d’un peu partout du monde moderne. Pour civiliser et christianiser les peuples sauvages d’Amérique à coups de canons et de fusils.
Comme chez nous en Algérie ?
.../...
Ce n’est plus un rêve c’est une réalité, une triste réalité, je pars, je rentre, on se sépare pour toujours. Je n’arrive pas à expliquer ce sentiment, cette attirance et cette affection que j’éprouve pour Claire. C’est l’amour peut être. Je sors de la maison en pleurant. Je sors de leur vie en pleurant. Je repars vers l’inconnu en courant. Elles sont là sur le pas de porte, me regardant partir en reculant, peut être pour mieux sauter. Et je saute, mais dans le vide. Je suis en Algérie.
.../...
Je ne trouve plus les mots pour lui répondre, il me rappel les moments de bonheur que j’ai passé avec Claire et sa famille. Et, tout ce que je ramène de France deux bouts de papier, sur l’un l’adresse de Christina et sur l’autre l’adresse de Claire. Je me demande si à chaque fois que je m’accroche à des fantasmes c’est pour fuir ma réalité d’indigène qui n’a devant lui que la violence pour se faire respecter. Les études aussi peuvent me conduire loin et très haut sur l’échelle sociale, je me ferai respecter, par ma sagesse et mon savoir et non pas par la force, le feu et le sang.
.../...
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