Les enquêtes de Wallander
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Publié le : janvier 16, 2008
Les enquêtes du commissaire Kurt Wallander Henning Mankell, homme de lettres et de théâtre partageant sa vie entre le Mozam- bique et la Suède, va écrire - entre 1991 et 1998 - un cycle d'enquêtes policières ayant pour héros le commissaire Kurt Wallander et, pour cadre, la petite ville d'Ystad, à l'extrémité méridionale de la Suède.
Wallander et toute l'équipe du commissariat d'Ystad connurent un rapide succès, notamment en Suède et en Allemagne, qui se concrétisa par une adaptation télévisuelle de leurs aventures dès 1994. Les traductions en français furent tardives - à l'exception de Meurtriers sans visage (1994 chez Christian Bourgois) - et leur parution chez nous n'a pas respecté l'ordre d'écriture de Mankell (sans doute le potentiel commercial de chaque roman a-t-il été privilégié). Il existe une mince chronologie dans le cycle, et c'est en principe mieux de la suivre, mais une lecture dans le désordre ne gènera pas vraiment la compréhension. Mankell rapporte avec infiniment de détails le travail d'enquête mais surtout les réflexions, états d'âme, angoisses du principal personnage, qui occupe le devant de la scène 90% du temps (sauf dans le roman initial - où les seconds rôles ne sont pas que des ombres - et La lionne blanche où l'intrigue est "splitée" entre l'Afrique du Sud et la Suède). Aucune pensée de Wallander, aucun cheminement de son esprit ne nous est épargné. Les fans de Wallander de lecteurs apprécie cette abondance de détails qui procure, intimité avec Wallander et le rend plus vrai, plus humain. A l’heure où les enquêtes se déroulent en 24 heures Chrono, où tout semble aller très vite, où la résolution d’une affaire s’achève dans la journée, ces maîtres suédois semblent se plaire dans la douleur, dans la lenteur. La clef de l’énigme ne tombe pas comme la lumière d’un jour hivernal semble le faire, mais bien au contraire, après force et acharnements. Une enquête prend des jours, des semaines, des mois, voir même des années, avant de pouvoir subrepticement apercevoir un début de résolution...Il faut du courage et de la patience, de la persévérance aussi pour laisser cette enquête se suivre à son cours en attendant (ou en provoquant) une petite once de destin, un petit coup de pouce de la chance pour subitement avancer à grands pas vers la solution. Changements de rythmes qui usent l’homme mais qui est à l’image de la vie.
Extrait de l’Homme sans visage
Très loin, presque sur l’horizon, il devina les contours d’un cargo en route vers la Baltique. Soudain, il eut un malaise, une espèce de vertige qui se prolongea quelques secondes. Il pensa avec épouvante que c’était le cœur, avant de réaliser que non, c’était autre chose : il était en train de perdre le contrôle de sa vie. Il ferma les yeux, renversa la tête en arrière et essaya de ne penser à rien. Au bout d’une minute, il rouvrit les yeux. La mer était toujours là, le cargo continuait sa route imperturbable vers l’est.