Un rédacteur anonyme prévient son lecteur que ce qu’il s’apprête à lire est le résultat d’un travail d’ordonnance et de recomposition
de lettres émanant de personnages réels dont il a changé les noms. S’il s’est décidé à livrer ce recueil au public, c’est dans un souci d’édification des jeunes par l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire.
Montrer pour convaincre et la vertu en sortira grandie.
S’agissant de vertu, c’est plutôt ses infortunes que l’ensemble des correspondances semble vouloir mettre en lumière. Ainsi, la machiavélique Marquise de Merteuil nous livre-t-elle à son insu sa prose la mieux sentie adressée au libertin Valmont. Et les échanges entre ces deux protagonistes nous donnent à
voir la lubricité d’âme la plus élaborée qui se puisse imaginer pour faire pâlir le vice lui-même. Le tout dans un style très dix-huitième siècle dont Choderlos de Laclos, le véritable auteur du
roman est lui-même issu.
Tout commence par une vexation : Madame de Merteuil est trompée par son amant qui a résolu de prendre pour femme la jeune Cécile de Volange toute fraîche sortie du couvent. Pour sa vengeance, elle fait appel à Valmont, vicomte libertin jadis assidu à sa couche, et le somme de dépuceler la jeune fille avant que le mariage se fasse. Mais le vicomte a d’autres projets : il entend séduire la Présidente de Tourvel réputée pour sa désespérante fidélité à un époux toujours absent. Qu’à cela ne tienne, il se battra sur les deux fronts avec, pour récompense à la requête de son amie, la promesse de nouveaux ébats érotiques.
Chef d’œuvre de référence dans l’art du roman épistolaire, Les liaisons dangereuses sont un plaisir sensuel exquis pour le lecteur qui se laisse prendre. Mais comment ne pas s’abandonner au charme délicieusement pervers d’un voyeurisme littéraire au doux parfum d’impunité?…
A voir : le film éponyme de Stefen Frears avec Glenn Close et John Malkovitch : Sublime!