A LA STATION SOLITUDE
La solitude c’
est le vide de la
vie. Plus personne en face de soi à qui parler. Plus de sourire, plus de chaleur humaine. Le vertige d’une maison vide. Je cherche et je ne trouve personne devant moi, juste des photographies du passé. Je pleure, seule dans mon coin, et je m’interroge. Mon désespoir n’intéresse que moi.
La télévision et la radio sont bien là, mais ne m’entendent pas, même si je chante avec elles. Je pense, je lis, mais où est l’interlocuteur que je recherche ? qui se penche sur ma peine, mes états d’âme ? qui me vient en aide au quotidien ?
Ma vie de mère attentive vient de se terminer, les enfants sont partis pour leur ailleurs, et me voilà face à moi-même. Très vite je fais le bilan et m’aperçois
qu’après avoir tout donné à mes enfants, à ma profession et à mon couple, la vie m’à fait descendre à la station Solitude.
Il y a bien la famille, mais elle est en province. Les amis ? toujours très occupés. Qui suis-je ? qu’ai-je fais pour en arriver là ?
Je suis une
femme de cinquante ans qui est devenue une femme libre, mais à quel prix ! libre dans sa tête, surtout. Libre, parce que son expérience du passé lui permet de comprendre le présent sans savoir comment aborder son avenir. J’apporte bien mon aide à ceux qui me le demandent et qui en ont besoin mais, en retour, qui me propose la sienne ? personne. Sans doute à cause de mon apparente force tranquille.
Je ne suis plus très jeune, mais pas
encore si vieille. Je possède encore une bonne santé, c’est vrai, et un esprit fertile qui me soutiennent. Mais pour combien de temps encore ? « il faut profiter pleinement des moments de la vie », me répète t-on autour de moi. De quels moments s’agit il ? je n’ai que des moments de solitude.
Je ne suis pourtant pas un être inférieur. J’aime la vie, je suis humaine, sociable, je m’intéresse à tellement de choses et je trouve la nature si belle. La vie ne répond vraiment pas à mon attente.
J’aimerais refaire ma vie sentimentale, mais qui voudra de moi ? les hommes que je côtoie regardent dans le rétroviseur de leur vie. Ils cherchent bien une compagnie, mais il faut qu’elle soit jeune, sensuelle et blonde de préférence. Mon image ne correspond pas à leur démarche, même si je suis une femme à l’allure soignée et encore jolie. Une femme de leur âge ne leur convient pas puisqu’ils ont quitté la leur ou la délaisse pour vivre leur rêve. Ces hommes sont à la recherche de leur passé et l’avenir ne les intéresse pas. C’est le présent qu’ils veulent vivre. Le moment disent-ils, avec beaucoup de plaisirs.
Dois-je, pour compenser cette souffrance muette et combattre mon anxiété, me contenter d’un NAC (nouvel animal de compagnie) ? mais que va répondre ce petit compagnon lorsque je lui parlerai ? je serai sa maîtresse et devrai assumer sa vie. Cette solution semble ne rien régler du tout.
Assurément, je suis en décalage avec la vie des autres, si égoïstes. J'ai compris qu'à l’heure actuelle, pour vivre pleinement sa vie, il faut d’abord penser à soi pour être sûr de ne pas être oublié. Je ne le peux pas, car je suis de nature sociale. Alors, si je veux connaître de nouvelles joies et conserver mes valeurs morales, il me reste à prendre un nouveau départ et à quitter cet univers qui m’oppresse tant.
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