Les Immémoriaux
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Publié le : novembre 27, 2006
Le récit des Immémoriaux retrace, vues du coté Maori, les premières heures de la colonisation de Tahiti par les Français. Térii est un jeune haérè po, c'est-à-dire un Récitant, gardien des généalogies ancestrales. Il est placé sous la tutelle de Paofai, grand prêtre du «maraé», le sanctuaire de Papara. Cependant, l’intérêt de Terii pour les «parlers» est superficiel. Sa véritable ambition est d’accéder au rang d’Arioi, devenir un «Maître-du-jouir»: intégrer cette troupe itinérante qui parcours l’archipel en recevant des privilèges festifs et charnels. Aussi, il néglige son initiation. Durant la nuit du 5 au 6 mars 1797, Térii sera l’un des premiers à observer les «Piritané» (Britaniques), ces «hommes blêmes» qui accostent dans la vallée de Papara. Une vingtaine d’années auparavant, en 1769, ses parents ont également été les témoins de l’arrivée de «la grande pirogue sans balancier ni pagayeurs» dans la baie de Matavaï commandée par Tuti (le surnom tahitien de James Cook).Un soir, alors qu’il vient d’accéder au quatrième rang des «haèré po», Térii se trompe en énonçant les généalogies sacrées. Ce mauvais présage ne fait que confirmer des signes alarmants: des maux jusqu’ici inconnus s’abattent déjà sur Papara – nous reconnaissons les signes inhérents à toutes les conquêtes – les épidémies, les famines qui déciment peu à peu les populations. La foule tente alors de s’emparer de Térii afin de le sacrifier aux dieux. Paofai parvient à le sauver en imputant la perte de mémoire de son disciple aux Piritanés. Aussi, pour tenter de réparer sa faute, Térii fait une prophétie: lui, le Récitant, après s’être endormi dans «la grotte redoutable Mara», se réveillera transformé en arbre à pain aux fruits nourriciers et guérisseurs. Mais le miracle n’a pas lieu, et cette fois, la foule ne lui pardonne pas ce mensonge, Térii est contraint de fuir Papara. Il parcourra l’archipel à la recherche des «signes parleurs», d’abord à bord d’une pirogue, puis, en étant engagé sur des vaisseaux européens. Son exil durera vingt ans. La vallée de Papara connaît elle aussi des changements: menés par Paofai, ses habitants tenteront de résister et de chasser les Piritanés qu’ils tiennent pour responsables des malheurs qui s’abattent sur eux, mais se heurtent à la puissance meurtrière des canons et mousquets jusqu’ici inconnus d’eux. Ils capitulent, choisissent le compromis et la soumission. L’Evangélisation, mais aussi la corruption (notamment prostitution) débutent. De son côté, Paofai, dépité, choisit aussi l’exil. Lorsque Térii regagne la vallée de Papara, peu après Paofai, l’endroit s’est métamorphosé: les Maoris sont désormais chrétiens et obéissent à «l’Atua Iésu Kèrito», les femmes sont vêtus de «tapa» (tuniques), les hommes se contentent d’une seule épouse, certains d’entre eux déchiffrent les mots tatoués sur les feuilles et portent des noms Piritanés (Britanniques) ou Faranés (Français). Le lieu est également bâti de «faré à prières» (églises et chapelles) et obéit à la «Loi Nouvelle». Le vol qui avait son Dieu: «Hiro subtil», de même que l’adultère, notion jusqu’ici inconnue des maoris, sont désormais des crimes punis par des travaux forcés et d’autres châtiments corporels. Seuls Paofai, revenu sur sa terre peu avant Térii, et quelques hérétiques (les Mamaïa) osent opposer une résistance: il est désormais un vieillard marginalisé et considéré comme fou. Térii choisit rapidement son camp: gardant le souvenir de l’inflexibilité des anciennes coutumes, il choisit de se faire baptiser, devient le diâcre Iakoba, et prend pour épouse Rébéka. Il devient grand prêtre de l’Atua Kérito sans avoir à passer tous les stades imposés par l’ancienne coutume Maori. Iakoba est autant avide de pouvoir que du temps où il rêvait de devenir Arioi. Son nouveau rêve est désormais de bâtir sa propre Eglise. Les dernières images du roman sont navrantes. Après une libre interprétation de la Bible, Iakoba livre sa fille à un marin Piritané en échange des sacs de lous qui l’aideront à bâtir son église, et Paofai qui refuse de se soumettre à la «Loi Nouvelle», est condamné à l’infâme châtiment de la «course-au-récif».