Né à Nagazaki en 1954, immigré en Angleterre à l’âge de 5 ans, Ishiguro fait figure depuis les années 80 de prodige et d’enfant
terrible des Lettres. Son roman Les Vestiges du Jour l’a rendu d’autant plus célèbre que James Ivory en a tiré un film. Grand styliste, fidèle à une culture britannique faite d’humour à froid, de non-sense, de critique radicale, Ishiguro brossse une étude sans concession de son pays d’adoption et de son histoire. S’il y avait dans ses deux romans précédents, Quand nous étions Orphelins et L’Inconsolé, un ton joyeusement clownesque en contrepoint de l’émotion et du sérieux du propos, ce n’
est pas le cas de ce récit de désespoir qui emprunte les traits de la politique-fiction à Huxley et Orwell. Les personnages ont bénéficié enfants, en dehors du monde normal, d’une éducation privilégiée, dont ils découvrent peu à peu, devenus adolescents puis adultes, les terribles finalités réelles. Systématique dévoilement des zones d’ombres les plus insupportables d’une société totalitaire s’adonnant au bio-pouvoir, Auprès de moi toujours est à n’en pas douter un cri d’alarme et un nouveau chef-d’œuvre de Kazuo Ishiguro..