La conjuration des imbéciles
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Publié le : juillet 22, 2005
L'histoire de ce roman se passe à La Nouvelle-Orléans,en
Louisiane, vraisemblablement fin des années cinquante,
ou
début des années soixante. Ignatius Reilly est un jeune
homme de grande taille, mais surtout énorme, qui vit
encore
chez sa mère, plus par commodité que par véritable
affection pour celle-ci qui très souvent l'exaspère.
Bien
qu'ayant fait des études universitaires poussées,
Ignatius
se trouve être au chômage depuis longtemps au moment où
débute le roman, mais il ne cherche pas vraiment de
travail. Quand il se décide enfin à trouver de nouveau
un
emploi, c'est pour aider sa mère à payer une forte
amende
dont il est en grande partie responsable. Il faut dire
qu'Ignatius n'est vraiment pas fait pour le travail,
car il
est plutôt du genre asocial, et préfère, enfermé dans
sa
chambre, paresser ou écrire sur des dizaines de cahiers
des
textes insolites et délirants, ou bien encore regarder
la
télévision en éructant des injures contre tout et tous.
Il
éructe d'ailleurs également beaucoup au sens propre,
connaissant par somatisation de sérieux problèmes avec
son
anneau pylorique qui est une de ses préoccupations
majeures. On le voit donc dans un premier temps
travailler
pour les Pantalons Levy, mais il ne tarde pas à se
faire
renvoyer en raison de son comportement et de son
caractère
excentrique qui amènent chacune de ses expériences
professionnelles au désastre.Il devient alors vendeur
de
hot-dogs ambulant, au grand désespoir de sa mère, alors
que
lui, dépourvu de toute ambition, s'accomode très bien
de ce
nouvel emploi, mis à part qu'il ne s'entend guère avec
son
employeur. Il ne s'entend d'ailleurs avec personne. Ni
avec
son ex-petite amie Myrna avec qui pourtant il
entretient
une singulière relation épistolaire, ni avec sa mère
avec
qui il vit seul dans les bas quartiers de la
Nouvelle-Orléans, ni avec les deux ou trois amis de sa
mère
comme une certaine Santa Battaglia dont le neveu,
l'agent
de police Mancuso, ne cesse de tenir à l'oeil Ignatius
depuis qu'il a eu maille à partir avec lui sur la voie
publique. Il est vrai qu' Ignatius, partout où il
passe,
n'engendre que des catastrophes. C'est pourquoi la
plupart
des individus qui croisent un jour le chemin de ce
jeune
homme quelque peu pervers préfèrent ensuite l'éviter.
Pourtant tous les personnages de ce roman humoristique
ne
sont pas plus normaux que lui, tous à leur façon plus
ou
moins dérangés. C'est pourquoi l'on s'amuse beaucoup à
les
regarder vivre, dans les rapports qu'ils entretiennent
les
uns avec les autres.
Mais si ce roman est drôle, il est aussi profond, car
il dépeind avec acuité et une certaine férocité cette
société de consommation qu'était déjà l'Amérique en ce
milieu du vingtième siècle. Et tout le monde moderne en
prend pour son grade : famille,institutions, médias,
monde
du travail, etc... D'un style agréable, avec un grand
art
des dialogues bien souvent savoureux, ce roman comique
teinté de désespoir vous fera passer de très bons
moments
de lecture. A noter qu'Ignatius, le personnage
principal,
présente certains points communs avec l'auteur de ce
roman,
John Kennedy Toole, qui s'est suicidé en 1969 à l'âge
de
trente-deux ans, parce qu'il croyait être un écrivain
raté.
Et qui, malheureusement, ne connaîtra jamais qu'une
gloire
posthume, puisque "La conjuration des imbéciles" ne
sera
édité pour la première fois qu'en 1980 aux Etats-Unis,
patrie de l'auteur, où il recevra même le célèbre prix
Pulitzer un an plus tard.