CHKLOVSKI (Victor), Technique du Métier d'Ecrivain, Paris, L'Esprit des
Péninsules, 2006
Voilà un petit livre
paru en 1927. Ecrit par le fondateur de l'Ecole
Formaliste
Russe, Victor Chklovski, ce livre est à la fois un guide et un manuel.
Prenant l'
écrivain débutant par la main, en un style clair à l'humour agile et
caustique, Chklovski démonte la mécanique de l'acte d'
écrire. Il suggère en
tout premier lieu de ne pas se hâter pour devenir écrivain professionnel : l'art
d'écrire est art de patience et de mûrissement.
Dans les pas de son mentor, l'apprenti-écrivain progresse peu à peu en
apprenant à rédiger un article, à développer une intrigue, à composer un
personnage. En émaillant des descriptions de lumineux extraits de la
littérature russe, Chklovski fait de l'homme d'écriture un archiviste des mots,
et même des bons mots, en lui conseillant de beaucoup plus lire qu'écrire.
Avec l'aide de Tolstoï, de Pouchkine, de Dostoëvski mais aussi de Dickens, il
théorise l'écrit, le décortique pour mieux le mettre à la portée de son lecteur-
élève. En observant Dickens, il révèle ainsi que l'ébauche du sujet se modifie
au cours de sa mise en Suvre. Et comme Dickens l'apprenti écrivain
collectionnera des schémas d'intrigues dans son carnet de notes. Il tiendra «
une comptabilité rigoureuse pour chaque personnage » et inscrira « au
compte de chacun sa part de bien et de mal. »
Pour l'auteur, « il faut se garder des longues phrases, des longues
suites de propositions subordonnées ». Fidèle à ses mots d'ordre que sont la
simplicité et la précision, l'écrivain doit être un pédagogue : « expliquez
toujours les termes que vous utilisez ». Il faut rendre « l'exacte signification
des choses », sans les nommer mais en les montrant.
Il lui faut avant tout savoir définir son sujet, ou plus précisément, sa
structure. Le sujet d'écriture doit être déséquilibre et même conflit, car, par
là-même, il sera mouvement et dynamique. Un point de vue entièrement neuf
pourra alors être offert au lecteur.
La poésie, après l'écrit journalistique et le roman, n'échappe finalement
pas aux traits acérés de Chklovski : « ça ne vaut pas la peine d'en écrire » !
s'exclame-t-il, tout simplement parce qu'il n'y a pas de « clients intéressés
par la marchandise ». Pourtant, il ira aider le poète en herbe à en étudier
jusqu'à l'agencement des sons à l'intérieur du vers.
Lire beaucoup et se relire le plus souvent possible seront à la fois la
synthèse et la conclusion de ce petit et précieux ouvrage. Chkovski emporte
l'angoisse de la page blanche en assurant son lecteur-disciple que n'importe
quel homme peut entendre et découvrir les véritables lois de la littérature.