Mémoire contre la religion
de Jean Meslier des éditions
Coda (février 2006) 609 pages.
Jean Meslier (1664-1729) Philosophe français et curé d'Etrépigny, fut un avant-gardiste des pensées libertaires, le premier anticlérical "militant" ainsi que le premier athéiste humaniste de la révolte populaire contre l'ordre établi ; le véritable précurseur du siècle des lumières et de la Révolution française de 1789. A travers son œuvre « Mémoire contre la religion », l’auteur se montre foncièrement contre les mensonges et les hypocrisies engendrés par « la religion » qu’il considère d’ailleurs comme étant « une absurdité, une illusion, une duperie, une erreur, une imposture ».
Loin d’être un bréviaire d’exhortations ou d’évangélisation c’est une théorie complète d'athéisme et de matérialisme philosophique ; la première pensée à la fois communiste et révolutionnaire. Il blâme l’utilisation de la religion par la hiérarchie catholique pour endormir les consciences, critique l'organisation de l'Ancien Régime, et parle de l'abolition des excès en matière d'inégalité.
Dans nombreux passages, en particulier dans les ‘’chapitres 48 et 91’’ Meslier appelle avec force à l'éveil des consciences, l'union de tous les opprimés au nom de l'intérêt général pour favoriser la répartition radicale des biens et des richesses.
Cet ouvrage, est à la fois un aide-mémoire et une anthologie synthétique des principales idées qui sapent tous les dogmes, toute l'organisation de l'église, «Preuves de la vanité et de la fausseté des religions».
L’auteur dénonce les différentes formes de perversion de l’âme, de l’intelligence et des mœurs. La religion et ses prêtres se sont donnés le rôle de maintenir les peuples dans des divisions, des contradictions, des pratiques et mesures oppressives, la tyrannie des "grands". La détérioration des conditions de vie du peuple sous l’effet du mensonge religieux est mise en exergue : les guerres, la haine, les crimes de toute sorte, la misère, même la femme sert d'esclave. Pour cela, Meslier remet en cause l'Ancien et le Nouveau Testament et parle d'absurdité.
Prouver l’existence de Dieu est selon lui, une pure folie pour la raison humaine. Créer quelque chose à partir de rien est une hypothèse impossible ; comment Dieu peut créer le temps si cette création s’insère dans le temps ? Comment Dieu a t’il créé l’espace ? Où était il avant de le créer ? C’est là quelques absurdités que relève Meslier. Dans son 32ème chapitre, fait de plusieurs citations tirées de divers textes, il met en doute, le personnage et l’existence du Christ.
L’homme se sent condamner pour un « péché » dit « originel » que seul deux humains ont commis. Mais pour effacer ce dit péché, Dieu n’a trouvé meilleur moyen que d’envoyer son fils se faire tuer par les hommes, c’est-à-dire, laisser les humains commettre un péché encore pire que celui de manger un « fruit défendu ». Ce même Dieu, par un inconcevable déicide commis, a fait crucifier son « fils unique » de manière cruelle rien que pour s’apaiser lui même et se réconcilier avec les hommes. Alors, sans cette crucifixion, pas de rédemption ! « Judas et Pilate » seraient-ils donc les réels sauveurs de l’humanité ?
Le « pur Esprit » ne peut avoir déterminé l’univers. Dieu est Esprit pur ; donc, l'immatériel ne peut avoir créé l'univers. C'est impossible. Alors, Dieu n'est pas créateur puisque dans l'univers, tout au contraire est forme, corps, matière, profondeur, couleur, son.
Le Parfait ne peut produire l’imparfait. C’est à l'oeuvre qu'on reconnaît l'ouvrier, comme c'est au fruit qu'on reconnaît l'arbre. L’univers étant une oeuvre imparfaite ; donc l'auteur de cette oeuvre ne peut être qu'imparfait. Cette déduction aboutit à frapper d'imperfection le Dieu des croyants et, donc à le nier.
La multiplicité des Dieux s’avère être une autre absurdité. Si nous mettons de côté « les dieux morts », les religions éteintes, chacune des religions s'imagine et proclame être seule détentrice du vrai Dieu, l’authentique, l’indiscutable, l’unique, et que tous les autres Dieux sont de faux Dieux. Dieu lui-même aurait pu se montrer, se révéler à tous, auquel cas il manque de puissance ou de justice et la multiplicité de tous ces Dieux démontre donc qu'il n'en existe aucun.
Dieu se dit infiniment bon, pourtant il a créé l’enfer. Oui, l'enfer existe. L'Eglise l'enseigne et l’utilise pour épouvanter les esprits craintifs. L'enfer prouve que Dieu n'est ni bon, ni miséricordieux. L'existence d'un Dieu de bonté est incompatible avec celle de l'enfer. Pour Meslier, comment un Dieu parfait jetterait-il aux enfers sa propre créature dite tant aimée ? Aussi, si Jésus avait été le véritable « Fils de Dieu », n’aurait-il pas rendu tous les hommes sains de corps et d’esprit, sages et vertueux ?
Le mal aussi existe, et a pour noms : les maladies, les souffrances, les fléaux, les cataclysmes, la douleur et la mort. Qui peut en être responsable ?
La religion, cette dangereuse invention de la pensée humaine, soutenue par une croyance aveugle qui lui sert de fondement, a démontré qu'elle n'a pas su et ne peut résoudre les problèmes de l'humanité. C’est plutôt absurde de chercher à expliquer Dieu. Celui-là que ici, on enseigne aux enfants par le catéchisme, là-bas par les armes, celui pour qui on élève des temples, vers qui montent toutes les prières, en l'honneur de qui on accomplit des sacrifices en reconnaissance des prétendues prophéties divines, des prétendus miracles, ‘’purs bricolages absurdes’’ : se révèle être inexistant et fait dire à Meslier que : « les religions restent quoi qu’on dise des fléaux menaçants, et sont de véritables insultes à l’intelligence ».