-Pierre ! Je te cherchais de partout.
-Ben voilà, je suis là ! Viens, je te présente mes nouvelles amies.
-Salut
les filles…
-Hi !
-Elles ne parlent pas français ?
-Ben non ! Essaie en anglais.
-Hi Girls, my name is Martin…et je suis le roi de la pine, lâche t-il sans sourciller.
-Pas mal, dis-je en souriant. Tu ne nous l’avais jamais faîte en plus.
-Qu’est ce qu’il lui prend ? s’étrangle-t-il.
-J’en sais rien… Elle a peut-être compris ce que tu leur as dit ?
-Merde ! Tu crois ?
-Non.
-Bon, ben tu vas lui dire de se calmer alors à ta pouf…
-Oh !
-Elle est obligée de se marrer comme ça ?
-Occupe toi plutôt de sa copine, tu veux…
-C’est un tromblon sa copine.
-Et alors ! Depuis quand ça te gêne ?
-Tu fais chier, Pierre.
-Bon, Martin… Tu ne voudrais pas essayer de sourire un peu ? Elles vont finir par croire qu’il y a un problème, tu ne crois pas ?
-Ben ouais, y a un problème. J’aime pas trop qu’on se foute de ma gueule.
-Arrête tes conneries. Elle est juste un peu éméchée. C’est tout…
Elle se penche vers moi et porte ses lèvres à mon oreille. Je sens un souffle chaud me caresser le cou et la nuque et je ferme les yeux de plaisir.
-En fait, je crois que c’est ta chemise qui la met dans cet état.
-Quoi ma chemise ? Qu’est ce qu’elle a ma chemise ?
-Ben… C’est vrai qu’elle est quand même un peu pourrie ta chemise, dis-je en me mordant la joue pour ne pas exploser.
-Bon, j’ai compris. Je vous laisse.
-Martin ! Reste. Ne sois pas aussi susceptible. On déconne, putain !
-Ben moi, ça ne me fait pas marrer.
-Le man ! On est à Eivissa ici. Tu ne vas pas être le seul mec de l’île à faire la gueule. Regarde comme c’est énorme ce soir.
-C’est énorme ! Facile à dire. Toi, tu t’es trouvée une bombasse…
-Ben, qu’est ce que t’attends. Vas-y, le man !
-Ouais, j’y vais. J’vais aller me trouver une autre salope. A tout’ ! lâche-t-il en se levant.
-Martin ! Si tu vois Marc ? Dis lui de se ramener.
-J’vais voir… Eclate toi bien mon salaud…
-Pierre ! Tu passes ta soirée ici ou quoi ?
-Ben oui. Tu connais mes nouvelles amies.
-J’en ai entendu parler, ouais.
-Bien… Et sinon, ça se passe comment ?
-Ca peut aller, dit Marc sans enthousiasme. Dis, j’ai le nom du morceau.
-Hein !
-Celui qu’on a entendu en arrivant.
-Ah oui ! C’est quoi ?
-C’est DJ Gregory. Elle.
-Hell ?
-Ouais. Elle… e, deux l, e…
-Ah bon !
-C’est pas énorme ?
-Si, si, dis-je en me demandant ce qu’il lui prend de me parler de ça maintenant.
Elle pose sa tête sur mon épaule et je ventile nos deux visages enjoués. Elle me susurre qu’elle a envie de nager. Je l’embrasse dans le cou et je l’aide à se lever.
-Bon… Nous, on va aller se baigner.
-Te baigner ? T’es pas bien.
-Si, le man. A plus…
Nous marchons pieds nus dans le sable fin, chaussures à la main. La lune se reflète sur la mer huilée. Je lève les yeux. Un léger voile enveloppe l’astre sphérique.
Elle me demande de ne pas la regarder, le temps de se dévêtir. Je me retourne et aperçois Marc discuter avec son amie.
Je l’entends avancer dans la mer. Ses enjambées ne font montre d’aucune hésitation. La température de l’eau doit dépasser les 18 degrés. Je la vois plonger. Sa silhouette disparaît dans l’obscurité.
Le halo de lumière qui entourait la pleine lune a disparu. Je peux désormais distinguer distinctement les différents cratères du satellite terrestre.
Je me dénude et m’enfonce à mon tour dans la mer. Sa tête émerge au milieu d’une large bande dorée, striée par le clapotement des vagues qu’elle provoque en agitant ses membres pour ne pas sombrer. Je la rejoins en nageant et la serre dans mes bras. Nous nous embrassons en tournoyant de plus en plus vite dans cet élément revigorant.
Je la soulève hors de l’eau et la ramène sur la plage. Je lui sèche le corps avec ma chemise. Nous nous rhabillons et partons nous réchauffer sur la piste envoûtée.