LA FORCE D’AIMER
Auteur : Matin Luther King jr
Edition Casterman 1966
Résumé :
Janvier Quattor
Un recueil de 17 sermons du très célèbre pasteur afro-américain Martin Luther King. Ces discours religieux chargés du message de la non violence datent des années 60 du siècle dernier. Sollicité par des personnes qui voulaient lire la parole à ses paroissiens, le pasteur a consenti non sans réticences car le sermon est plus un texte à entendre qu’à lire. Réécrits pour l’œil, ces messages ont eu un grand retentissement chez les lecteurs. Ces textes nous remettent dans le contexte des confrontations entre Noirs et Blancs pendant la lutte pour en finir avec la ségrégation raciale aux Etats-Unis d’Amérique. La lutte a été âpre et difficile. Mais ce que le pasteur a voulu préserver, c’est l’amour entre les êtres humains. Ceci doit s’acquérir et se maintenir grâce au nécessaire équilibre des contraires chez l’homme. Revenant par exemple sur le conseil de Jésus le Christ de cultiver la prudence du serpent et la simplicité de la colombe, le Révérend pasteur King recommande l’esprit ferme et le cœur tendre. La fermeté sait bien distinguer le vrai du faux, éviter les demi mesures et les facilités. Intelligence, clairvoyance et lucidité, voilà ce que demanda Luther King à ses auditeurs Noirs. Dans sa lutte contre la débilité d’esprit, le prédicateur met aussi les Blancs en garde. Il annonce que
« une nation ou une civilisation qui continue à produire des hommes à l’esprit débile achète à crédit sa propre mort spirituelle »(page 20). Et aux deux groupes sociaux en conflit, il fait remarquer que « accepter passivement un système injuste, c’est coopérer avec le système et se rendre complice de sa malice »(page 22). Fermeté ne veut pas dire violence et cette dernière engendre beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en résout
Le pasteur M.L.King s’éleva également contre le conformisme ou l’identification individuelle à la majorité avec la peur du changement. Rester dans ce carcan, c’est se condamner à ne pas faire l’histoire, mais à plutôt être faits par l’histoire ou subir. Pour sortir du conformisme béat, il met en garde en affirmant : « nous ne devons pas être des thermomètres qui indiquent la température de la majorité, mais des thermostats qui transforment et règlent la température de la société »(page 28).Ce phénomène du conformisme ne frappe pas uniquement les simples citoyens, mais aussi les hommes politiques, l’église et les intellectuels. Aux chrétiens il est rappelé qu’ils doivent se conformer non au monde, mais aux préceptes de Jésus le Christ. Innovation, créativité et transformation, voilà les mots d’ordre que le pasteur afro-américain demandait à ses ouailles, à la société américaine et au monde.
Et dans tout cela il faut être un bon prochain. Rappelant la parabole du bon samaritain, le pasteur Martin Luther King enseigne qu’il faut aller au-delà du minimum exigé par les lois, mais se soumettre volontairement aux obligations non imposables. La loi empêche et limite. La sympathie, ce sentiment fraternel, nous aide à « obéir à ce qui n’est pas imposable du dehors »(page 47) Selon l’auteur de ces prédications, « une expression de pitié, dépourvue de sympathie authentique, conduit à une forme nouvelle de paternalisme qu’une personne qui se respecte ne peut accepter »(p.44) Enfin, Martin Luther King demande d’être positif dans nos actes et pensées. Ne nous demandons pas qu’est -ce qui adviendra si j’interviens dans un problème de quelqu’un, demandons-nous plutôt ce qui se passera à cet homme si je n’interviens pas. Et faisons quelque chose non pour quelqu’un mais avec lui. Dans ces différents messages on retrouve une constante : nous devons obéir à la loi intérieure du cœur qui nous dicte que toute personne humaine est notre prochain, notre frère, notre sœur. Si nous aimons, nous aurons la force suffisante pour vaincre le mal et nous convaincre que « dans un monde livré aux ténèbres et au désordre, le Royaume de Dieu peut encore régner dans le cœur des hommes » (page 231).
La force que Martin Luther King a eu pour aimer son peuple en proie aux haines et à l’intolérance lui a permis de clamer haut et fort la fraternité universelle. Toujours d’actualité ce recueil est à lire à plusieurs reprises et à méditer .