GUY GILBERT, un
prêtre chez les loubards. Une rencontre, un coup d’œil et
le sens de l’empathie ont
fait entrer un prêtre dans la vie des jeunes de la rue. L’abbé Guy Gilbert nous raconte ses découvertes, ses expériences et surtout son œuvre patiente pour redonner
espoir aux jeunes déroutés par ce monde distrait. Sous forme de mémoire, le prêtre nous fait entrer dans la jungle des loubards. De sa paroisse algérienne de Blida, en 1965, où il découvre la misère d’Alain, il va changer de pastorale. Mais il lui aura fallu un an de patience avant de faire parler ce jeune meurtri par le manque d’affection familiale. De cette première confiance va naître le contact avec une bande de jeunes délaissés, abandonnés à leur sort. Ils ont besoin de son secours. Et il y va. Puis, c’est à Paris, en 1970, dans la fameuse
rue Pigalle. Guy ne veut pas agir à distance comme un de ses confrères. Il va se mêler à la bande. Car rester à distance lui semble être une erreur. Il faut vraiment vivre leur vie pour les connaître et les aider en conséquence. Il devient un des leurs, comme ils le lui disent eux-mêmes. Guy Gilbert découvre le Métro, lieu privilégié de la délinquance. Le prêtre, non sans recourir à la force pour les maîtriser, prend connaissance avec un grand nombre de jeunes délinquants.Il sait encore nous les nommer : Jacky, Tony, Jeannot….Il partage leur vie dans le XIX ème arrondissement de Paris. Il les suit dans leurs différentes pérégrinations. Dans leurs cellules de prison, et même dans leur suicide Il les accompagne et les console. Ce qui étonne beaucoup de monde habitué à voir des prêtres plutôt dans les enceintes des paroisses que dans la rue, et encore moins parmi les enfants perdus. Plus près d’eux, Guy n’a plus l’image déformée de ces jeunes. Il sait désormais pourquoi ils quittent leurs familles pour vivre dans la rue, former des bandes et terroriser la rue. Ils vont là bas pour y rechercher ce qu’ils ne trouvent pas chez eux .Souvent à la maison, ils manquent de chaleur, d’amour, et d’écoute. Ils croient trouver une solution entre eux. Ils s’organisent en bandes par besoin de solidarité et de défense du groupe. Ils usent plus de la force que du dialogue. Leur langage est pauvre. D’où leur mutisme et leur brutalité. Mais pour les aider, il ne faut pas les brutaliser, il faut user de patience. Et leur prêtre sait les manier, car il a été un des leurs. Comme Dieu s’est fait homme, ce prêtre s’est fait loubard. Pour le salut des loubards, Guy Gilbert a accepté ce que des millions de chrétiens et de milliers de prêtres accepteraient difficilement. Il n’a pas seulement agi. Mais il a tenu à témoigner. Car le monde dit normal reste à la marge de cet autre monde à la fois visible et invisible. Un monde d’incompris, celui que la répression et le mépris tenaillent. Mais le Père Gilbert a pu briser les chaînes et faire sauter les murs. Et les gars le lui rendent bien en lui disant : « tu es l’un de nous ». Ce premier témoignage de Guy Gilbert, paru dans un livre de poche en 1978 chez Stock aura été suivi par d’autres qui culminent avec son autobiographie « et si je me confessais »(2006). Une longue expérience de plus de quarante ans. Le prêtre a pu créer un cercle d’animateurs et éducateurs à l’écoute de ce monde anomique, le monde des gars marginaux prêts à tout casser si personne ne vient au secours.
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