Situé au xe siècle,
le récit relate la vie, les intrigues et les amours de personnages appartenant à la haute aristocratie de l’époque. Il dépeint sur près de soixante-dix années l’histoire du prince Hikaru puis celle de son
fils Kaoru, nous faisant pénétrer dans l’univers de la vie de cour à l’époque de Heian. Hikaru est un Genji, c’est-à-dire un prince qui, ne pouvant devenir empereur lui-même, fonde une branche cadette. Si certains critiques ont pu le surnommer le « Don Juan japonais », en raison des descriptions minutieuses dont font l’objet ses aventures
amoureuses, le Genji n’est pas un « collectionneur » de femmes ; contraint aux relations multiples par le système de l’époque, il conserve une sorte de fidélité sentimentale à toutes celles qu’il a aimées. Et s’il s’étourdit ainsi d’
amour, c’est surtout pour masquer l’amertume que lui laisse son seul amour véritable, cette femme qu’il adule mais qui lui est interdite pour être la concubine préférée de son père l’empereur. À la faveur d’une rencontre furtive pourtant, elle lui donnera un fils, et les amants coupables ne vivront plus désormais que dans la crainte d’une révélation de la vérité, laquelle n’apparaîtra jamais. Le Genji reporte alors son affection sur une jeune enfant, Murasaki, qu’il finit par épouser. Après la mort du prince, le récit reprend autour de son fils adoptif, Kaoru. La description des mêmes intrigues amoureuses est cependant cette
fois ponctuée de réflexions plus intimes sur le sens de la vie. Le récit, dont les derniers chapitres sont teintés d’un certain scepticisme, s’achève brutalement.
S’il est centré sur les aventures amoureuses et les intrigues politiques des hommes, le
dit du Genji passe d’abord et surtout par le regard des femmes. L’auteur utilise habilement les conversations, échanges épistolaires, journaux intimes et réflexions de celles qui gravitent dans l’entourage des puissants pour tirer d’eux des portraits subtils et inattendus. Maniant avec talent l’art de la description et de l’analyse psychologique, Murasaki Shikibu sait donner vie et profondeur à ses personnages — notamment féminins —, et dépeindre avec minutie l’univers de la cour. Enfin, son art de la composition tisse une intrigue à la fois fluide et riche en rebondissements. Cette fresque offre ainsi au lecteur de toutes les époques un regard incomparable sur les jeux atemporels de l’amour et du pouvoir.
Maintes fois pastiché, le Dit du Genji sera pendant des siècles l’œuvre romanesque à l’aune de laquelle on mesurera toutes les autres, étouffant dans le même temps toutes les tentatives d’écriture de fiction. Redécouvert dans les années cinquante grâce à la version en langue moderne de Tanizaki, le Dit du Genji inspire encore aujourd’hui de nombreuses productions poétiques, romanesques ou cinématographiques.
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