Roman chrétien dédié « aux âmes fortes tenues loin de Dieu par les passions, que pourraient seulement forcer
le spectacle de la Sainteté, son sublime, son sacrifice, son arrachement surhumain », Sous le soleil de Satan fait, au nom de la Grâce, l’apologie de l’héroïsme sacrificiel, épiphénomène de l’humanité de Dieu dont ceux-là seuls qu’habite le Surnaturel peuvent ressentir la force transcendante.
Cette œuvre composite (un prologue, deux parties), où le récit
fait alterner les points de vue narratifs, pourrait être un roman sur l’orgueil, et la relation que les
êtres entretiennent plus ou moins librement avec lui.
Quand, sur une route d’Artois, Mouchette, qui vient de tuer son amant, rencontre par hasard l’abbé Donissan, soldat de Dieu envoyé au service des âmes possédées, dans lesquelles il a le don de lire, tous deux luttent contre Satan et cherchent leur droit chemin. Rendu responsable de son suicide, Donissan
est déplacé dans la paroisse de Lumbres où, vivant dans la simplicité de l’ascète, il est vénéré comme un saint doté de dons surnaturels. La mort finit par terrasser cet être au
cœur surhumain, un jour de pleine gloire.
C’est à travers les destins croisés de ces êtres de cœur, tout entiers tournés vers les
formes du divin (celle du salut ou celle de la tentation), et dont semble absente toute psychologie, que l’auteur entend témoigner de l’implacabilité de la fraternité des êtres. Car, pour Bernanos, c’est vers la communion que les extrêmes tendent et concordent, Satan cherchant à atteindre Dieu à
travers les hommes, leurs fascinations idéalistes, nécessairement violentes, orgueilleuses et égoïstes. Le sentiment de désespoir, cette « naïveté sublime », manifestation profane du calvaire rédempteur, réconcilie en effet la vanité de Mouchette et la sainteté de Donissan.
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