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Le Meilleur des mondes

par : odivo    

Auteur(s): Aldous Huxley
Huxley a imaginé en quelque sorte le désir secret de ses contemporains : une utopie réussie, d’où sont bannis à jamais
la guerre, les conflits sociaux et la maladie. Passionné de science et de philosophie, le romancier a éliminé aussi les naissances naturelles (fabriquées in vitro, selon des calculs précis : ni les Alphas dominants ni les Epsilons au cerveau atrophié n’ont de parents) et la monogamie (« Tout le monde appartient à tout le monde »). Tout contribue efficacement — en particulier le soma, drogue idéale, sans effets secondaires — à la stabilité d’un monde qui n’a plus besoin d’histoire, ni de religion, ni d’amour : un monde saturé par sa propre satisfaction. L’individu est conditionné dès sa naissance par l’« hypnopédie », qui inculque pendant le sommeil les principes du monde nouveau. L’intrigue du roman se construit toutefois autour de personnages qui sont des inadaptés, des exceptions à la règle. Étrange, le fait que l’Alpha Bernard Marx, ou son ami l’« ingénieur émotionnel » Helmholtz Watson ressentent une inexplicable dépression, au point qu’on dise du premier qu’il a dû recevoir de l’alcool dans sa solution embryonnaire. Improbable, l’existence de John Savage : fruit d’un accouchement anormal car naturel, il a grandi dans une réserve indienne aux États-Unis, où l’on a mère et père, où l’on tombe malade, où l’on trouve un exemplaire égaré des œuvres complètes de Shakespeare. Exception géographique, enfin, que ce « reste » insoumis au régime général.
Après une partie descriptive, qui fait découvrir peu à peu cet univers, l’on présente Bernard Marx dans sa vie d’Alpha malheureux et incompris. Des vacances américaines l’amènent à rencontrer John Savage et les Indiens ; il revient en Angleterre avec son nouvel ami, espérant tirer du prestige de cette rencontre auprès de ses fréquentations et impressionner Lénina Crowne. Mais le « sauvage », naïf et assoiffé d’amour, déchante vite. Amoureux de Lénina, il ne parvient pas à susciter en elle de vrais sentiments. Horrifié par le spectacle des ouvriers clonés, brisé par la mort de sa mère par surdose de soma, il sombre dans la folie. Quant à Bernard Marx, à la suite des événements précipités par son ami, il est condamné à l’exil. Son ami Watson également, mais celui-ci, plus courageux, espère au moins rencontrer des âmes sœurs.
Le « happy end » est absent du Meilleur des mondes, mais le but du romancier est atteint : nous forcer à voir à quel point le monde qu’il décrit est peu éloigné du nôtre. Contrairement à 1984, de George Orwell, ce n’est pas par la terreur, mais par la satisfaction des besoins et des désirs de chacun que la liberté individuelle est annihilée. En cela, ce roman est un commentaire philosophique plus que politique. Au-delà de leur intérêt romanesque, les positions des personnages sont extrêmes, et il n’y a pas, comme le reconnaît Huxley lui-même dans sa préface, une troisième voie entre la résignation et la folie. Cette quête spirituelle est la grande exclue du Meilleur des mondes, expérience d’extrapolation dans le futur, huis clos psychologique, image d’un monde où le progrès technologique aura modifié irrémédiablement la conscience des hommes : au lecteur d’aujourd’hui de positionner le Meilleur des mondes à côté du sien.
Publié le : janvier 04, 2008
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