En 1793-1794, à Paris, le jeune Évariste Gamelin, peintre médiocre, vit seul avec sa mère. C’est un jacobin
fanatique, devenu juré au Tribunal révolutionnaire. Insensible à toute pitié, il envoie à la guillotine tous ceux qui lui apparaissent comme des traîtres, jusqu’au mari de sa sœur. Autour de lui, pourtant, chacun ne cherche qu’à survivre. Évariste suit son modèle Robespierre à l’échafaud.
La trame historique est dense et précise : le livre commence exactement le 6 avril 1793 et se termine après Thermidor (juillet 1794). C’est donc un des rares romans (avec les Chouans, de Balzac et Quatrevingt-Treize, d’Hugo) à décrire cette période clé de notre histoire. Mais c’est la grande réussite de l’auteur que d’avoir dépassé cette dimension, et inscrit dans les passions d’une époque terrible des personnages profondément humains.
Évariste est effrayant de froideur, mais sa passion de la vertu est douloureuse et triste. C’est un portrait de terroriste fanatique par devoir et par excès de pureté. Tout à l’inverse, Brotteaux des Islettes, ancien noble, est le scepticisme même. Cet épicurien doux sait affronter la mort avec un courage détaché. Les personnages féminins portent en eux l’espoir d’un monde où la froide passion de la pureté s’incline devant la souffrance et l’
amour sensuel : ainsi Élodie, amante passionnée d’Évariste dont elle n’ignore pas le caractère monstrueux, ou encore cette jeune prostituée qui, littéralement, meurt d’amour pour Brotteaux.
Les
dieux ont soif est donc une évocation intemporelle du fanatisme, de sa séduction comme de sa puissance de mort. Anatole France, qui en 1912 est une grande figure humaniste et socialiste, comprend l’utopie mais en sait les dangers.