Inspiré d’un fait divers, le Rouge et le Noir relate la vie de Julien Sorel, un jeune
homme d’origine modeste qui rêve de
gloire et d’ascension sociale. Celui-ci devient successivement l’amant de
Madame de Rênal, femme d’un notable, puis de Mathilde de La Mole, fille d’une famille aristocratique. Alors qu’il est arrivé à ses fins — il est anobli puis nommé lieutenant de hussards — et qu’il s’apprête à épouser Mathilde, Madame de Rênal envoie au père de celle-ci une lettre dénonçant l’immoralité et les intentions du
jeune homme, ruinant ainsi tous ses espoirs. Fou de rage, Julien tente d’assassiner sa première maîtresse, et, après avoir été jugé, est condamné à mort.
Avec cette œuvre, Stendhal s’impose comme l’un des maîtres du " réalisme psychologique ". Pour lui, le roman doit s’attacher à décrire avec le plus de précision possible les sentiments et les émotions des personnages, il doit être une " peinture du cœur humain ".
Julien Sorel apparaît ainsi comme un homme énergique et plein de passion, qui poursuit un idéal. S’il devient calculateur et hypocrite, c’est parce que ceux qu’il côtoie le sont aussi. Ce roman est aussi pour Stendhal un moyen de dénoncer la bourgeoisie et l’aristocratie de son époque, pour qui le milieu social et l’argent comptent plus que le mérite.
Extrait du Rouge et le Noir
Julien se tourna vivement, et, frappé du regard si rempli de grâce de Madame de Rênal, il oublia une partie de sa timidité. Bientôt, étonné de sa beauté, il oublia tout, même ce qu''il venait faire. Madame de Rênal avait répété sa question.
- Je viens pour être précepteur, madame, lui dit-il enfin, tout honteux de ses larmes qu''il essuyait de son mieux.
Madame de Rênal resta interdite, ils étaient fort près l''un de l''autre à se regarder. Julien n''avait jamais vu un être aussi bien vêtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler d''un air doux. Madame de Rênal regardait les grosses larmes qui s''étaient arrêtées sur les joues si pâles d''abord et maintenant si roses de ce jeune paysan. Bientôt elle se mit à rire, avec toute la gaieté folle d''une jeune fille, elle se moquait d''elle-même et ne pouvait se figurer tout son bonheur. Quoi, c''était là ce précepteur qu''elle s''était figurée comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants !