Ce roman pastoral publié en 1787 nous raconte l''histoire de deux femmes chassées
de l'' Europe qui viennent mettre
au monde leur enfant sans père dans l’île de
France (actuelle île Maurice). Dans un enclos protégé, loin de la civilisation,
elles laissent grandir le petit garçon, Paul, et la petite fille, Virginie,
comme frère et sœur, sans autre éducation que la nature luxuriante et généreuse
qui les entoure, et l’amour, tendre et communicatif, qui lie les membres de
leur petite communauté. Mais, à l’adolescence, l’attirance des deux enfants
l’un pour l’autre change de nature. Virginie s’en aperçoit la première et en
ressent un trouble profond. Pour la soustraire à ce tourment, sa mère décide de
l’envoyer en France. Le désespoir de Paul ne s’apaise pas au tableau que lui
fait le
narrateur de la corruption des mœurs européennes, mais cesse quand on
annonce le retour de Virginie. Cependant, le vaisseau qui la ramène, le Saint
Géran, fait naufrage sur la côte même de l’île, et la jeune fille, pour avoir
refusé d’ôter ses vêtements devant un robuste marin qui voulait la sauver à la
nage, est engloutie sous les yeux de Paul impuissant et de la population.
Celle-ci voue à sa tombe et à sa mémoire un véritable culte. C’est, indissociablement,
sur l’aspect paisible de ce repos et sur le spectacle désolé de leurs « humbles
cabanes » abandonnées et rendues à la vie sauvage, que nous laisse le
narrateur, qui avait été l’ami de ces deux familles et le témoin de leur
destinée.
Ce petit roman ,malgré ses opinions philosophiques datées et plutôt
simplistes (bonté sans faille de la nature, et son équivalence avec vertu et
bonheur), a su toucher quelque chose
d’essentiel dans la sensibilité collective : une nostalgie du bonheur
pastoral, un rêve d’enfance prolongée dans une nature bienveillante.