l’Afrique n''avait que les os et la peau,
Tant les européens faisaient bonne garde.
Cette Afrique rencontre un arabe aussi puissant que
beau,
Gras, poli, qui s''était fourvoyé par mégarde.
le charmé, le mettre en quartiers,
Sire Afrique l''eût
fait volontiers;
Mais il fallait livrer
bataille,
Et la mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
L’Afrique donc, l''aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu''il admire.
"Il ne tiendra qu''à vous, beau sire du
golf ,
D''être aussi gras que moi, lui répartit l’
europe.
Quittez ses terres, vous ferez bien:
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi? Rien d''assuré; point de franche lippée;
Tout à la pointe de l''épée.
Suivez moi, vous aurez un bien meilleur destin."
l’Afrique reprit: "Que me faudra-t-il faire?
-Presque rien, dit l’europe: donner la chasse aux gens
Portant bâtons et mendiants;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire:
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons:
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse."
l’Afrique déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse
Chemin faisant, il vit le coud de l’européen pelé.
"Qu''est-ce là? lui dit-il. - Rien. - Quoi? Rien? -Peu de chose.
-Mais encore? - Le collier dont je suis
attaché De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché? dit l’Afrique : vous ne courez donc pas
Où vous voulez? - Pas toujours; mais qu''importe? -
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor."
Cela dit, maître Afrique s''enfuit, et court encore.
Plus de critiques à propos de L’Afrique et l’europe