Les apprentis
nez, pour pouvoir distinguer toutes les nuances doivent s’entraîner pendant au moins une semaine. Au départ, ils ne sont capables que de discerner par exemple ce qui
est agréable de ce qui est fétide, puis, petit à petit, ils deviennent des nez, ainsi capable de discerner de nombreux parfums, même lorsque mélangé. Si ils sont appelés des nez, c’est parce que leur apprentissage leur a permit d’acquérir un nez de plus en plus subtil. Ils ont appris à avoir un nez. Ils ont acquis un nez. Le
corps n’est pas quelque chose que l’on a au départ, mais que l’on acquiert.
Ce qui permet d’acquérir le corps, dans l’exemple ci-dessus, la mallettes à
odeurs, ne fait pas partie de la définition générale du corps. Mais elle est une des parties du corps en tant
qu’il apprend à être affecté. L’entraînement aux parfums, ne fait pas simplement passé le nez d’un état d’inattention à un état d’attention, il lui apprend à être affecté. Un nez, c’est quelqu'un pour qui les odeurs du
monde ne peuvent pas ne pas l’affecter. La mallette à odeur fait partie de ce que c’est qu’être un corps.
Afin de définir correctement ce que c’est « qu’apprendre à être affecté », nous allons l’opposer à une autre conception du corps. Cette autre conception, considère qu’il y a d’un coté le corps en tant que sujet et le monde en tant qu’objet. Entre les deux, il y a le langage, qui à un rôle de lien. Dans cette conception, il n’y a pas de dynamique du corps, il a une essence propre, et l’apprentissage ne la modifie en rien. La mallette à odeurs ne change, ici, en rien le corps en lui-même. De plus, cette perception du corps interroge généralement l’exactitude de mes représentations vis-à-vis de la réalité. Or, les différences fournies par le kit ne sont pas toujours perçues par tous les nez, et que parfois un nez puisse reconnaître une différence là où l’on ne peut en trouver une chimiquement.
Pour résoudre cela, il faudrait diviser les odeurs en 2 :
1. Les odeurs qui résident dans le monde, et qui sont appréhendables par la science. PRIMAIRE
2. Les odeurs en tant que perçues par un corps humain. SECONDAIRE
→ Le monde est ainsi conçu comme s’il y avait des qualités premières auxquelles se rajouteraient des qualités secondaires.
→ dualisme sujet-objet. (Soit l’un soit l’autre). Ce dualisme n’est plus possible si l’on opte pour une dimension du corps en tant que celui-ci apprend à être affecté.
Il y a un medium par lequel, grâce auquel nous apprenons à être affecté, par lequel nous étendons notre champ d’affection.
Sans le medium, les différences sont imperceptibles.
→ Dans cette dimension du corps, il n’est plus besoin de séparer ce qui est qualité primaire de ce qui est qualité secondaire. (Les scientifiques ont également besoin de leur laboratoire pour connaître la nature)
Bruno Latour va également introduire la notion de « strates ». Et ces strates sont désignées par l’articulation. En effet, les apprentis nez, avant de suivrent leur semaine de cours étaient inarticulé en tant qu’ils pouvaient ressentir une même odeur alors qu’il y en a en fait des différentes.
« Un sujet inarticulé est quelqu’un qui, peut importe ce que les autres disent ou font, agit et parle toujours de la même manière ». Un sujet inarticulé est centré sur lui-même et non sur les autres. Un sujet articulé quand à qui, est un sujet qui apprend à être affecté par les autres.
Quand on parle d’articulation, le grand avantage est que cela comprenne à la fois les composantes matérielles et artificielles qui permettent à un sujet d’acquérir un corps. (Non seulement les odeurs elles-mêmes, mais également la mallette à odeurs). De plus il n’y a pas d’un coté des mots arbitraires et de l’autre la réalité, car les mots portent en eux le monde. Quand on parle de violette à un nez, il sait à quoi correspond l’odeur.
Un des avantages majeurs de l’articulation par rapportune théorie de la correspondance<1>, est que la première n’a pas de fin alors que la seconde est limitée. En effet, quand on valide la correspondance entre l’affirmation et la réalité, rien de plus ne peut être fait. En ce qui concerne l’articulation, l’on peut toujours aller plus loin, car plus on trouve de contrastes, de controverses, plus la discussion se prolonge.
Ces trois points sont absents de la notion de affirmation. L’affirmation tend à la tautologie. « With statements one can never compose a world at once solid, interpreted, controversial and meaningful.” Alors qu’avec les propositions, un monde commun devient au moins pensable.
Avec les propositions, il n’y a pas à choisir entre quelque chose de construit et la réalité, puisque plus c’est construit, plus la réalité est grande, diverse.
En acceptant de théoriser le corps en tant que proposition, on aboutit à une vision du monde particulière. On passe d’un univers à un « plurivers ». Dans ce plurivers tout le monde peut devenir de plus en plus sensibles aux différences. « le multivers est libéré de sa prématurée unification »<2> et si l’univers est fait d’essence, le multivers est fait d’habitudes.
« Avoir une corps, c’est rendre compte d’un multivers d’articulations de propositions »
<1> accuracy
<2> James reprit par Latour
Plus de résumés à propos de Comment parler du corps