Au XVIIIesiècle la
littérature italienne confirme sa vocation degardienne de la tradition et de l'italianité dans une péninsule politiquementmorcelée. Créateur de vers d'une grande musicalité exceptionnelle,Métastase conquiert l'Italie et l'Europe par ses mélodrames historiques. Ilétait pour Rousseau «le seul poète de cœur»; pour Voltaire,l'égal de Corneille et de Racine. En 1730, Charles VI l'appelle à Vienne et lenomme poète impérial. La modernité et lesLumièresL'Illuminismo, c'
est l'esprit des Lumières qui franchit les Alpes. ÀParis, d'Alembert, Diderot, d'Holbach réservent un accueil enthousiaste à Desdélits et des peines (1764) de Cesare Beccaria (1738-1794). La culturenapolitaine n'est pas en reste. Vico distingue trois âges dans l'histoire del'humanité: l'âge des dieux, des héros, des hommes. À l'
époque desLumières, Naples se révèle un formidable creuset de modernité, grâce à seséconomistes – Ferdinando Galiani (1728-1787), Antonio Genovesi(1713-1769) –, ses juristes et historiens: Gaetano Filangieri (1752-1788)et Mario Pagano (1748-1799).Puisant dans les deux «livres» du monde et du théâtre, il écriraquelque cent soixante pièces, en italien ou en vénitien. Grand voyageur, ilsillonne l'Italie et l'Europe. À une époque où le français est la secondelangue de bien des écrivains italiens, Alfieri s'efforce de se«dépiémontiser» et de se «défranciser»:l'apprentissage du toscan, l'étude de la tradition littéraire italiennerévèlent sa détermination. Les essais De la tyrannie (1777) et Duprince et des lettres (1778-1786) explicitent sa vision
politique, centréesur l'affrontement entre le «tyran» et le «héros». Commencéeà Paris en 1790, l'autobiographie d'Alfieri – Ma vie – est la somptueusemise en scène de sa vocation au théâtre. Leromantisme: politique et littératureL'époque napoléonienne bouleverse la géographie politique de la péninsule etforce les écrivains à choisir leur camp. Auteur du poème satirique Lajournée, où il flétrit la vanité du monde aristocratique, le lombardGiuseppe Parini (1729-1799), dénonce les excès de la Révolution et salue leretour, provisoire, des Habsbourg. Risorgimento – lutte pour larenaissance et l'unification de l'Italie – et romantisme se confondent. Leromantisme
Italien y sera patriotique et modéré, voulant rallier à sa cause lesclasses moyennes. Les tenants du classicisme, gardiens du beau et de latradition, et les romantiques, prônant une littérature du vrai et de l'utile,s'affrontent dans les colonnes de la Biblioteca italiana, puis du Conciliatore,au nom d'une «italianité» que chacun définit à sa convenance. Deuxgrandes figures dominent le romantisme italien: Leopardi et Manzoni.Au bonheur illusoire des gens médiocres, les hommes «sensibles et degénie» opposent leur solitude et leur désespoir. 1845), les poèmesphilosophiques – qui dénoncent également le mythe du progrès – alternent avecde courts poèmes illustrant la poétique du souvenir, et des poèmes amoureux, aulangage plus vigoureux. Manzoni s'en détache pour signer des essaishistoriques, littéraires, linguistiques. Nommé en 1861 sénateur du royaumed'
Italie, il accepte en 1870 la citoyenneté romaine. Les Fiancés (1827,éd. déf. 1840-1842), qui connaît d'emblée un succès aussi retentissant quedurable, a comme sous-titre Chronique milanaise du XVIIesiècle. Sefondant sur une solide documentation historique – L'Histoire de la colonneinfâme (1842), reconstitution des procès iniques qui avaient suivi la pestede 1630 à Milan, accompagnait le roman – le romancier veut éclairer lapsychologie des personnages. Le roman relate les mésaventures de deux jeunespaysans lombards, dans les années 1628-1630, dont le projet de mariage pourraenfin se réaliser en dépit des obstacles qui s'y opposent: la volontédespotique d'un hobereau, la peste qui ravage Milan, conséquence de la guerrequi met aux prises les Impériaux et la maison de Savoie aux Français et à leursalliés. L'intrigue est riche en rebondissements, Manzoni excellhistoriques alternent avec d'admirables descriptions depaysages, le pathétique avec l'humour ou l'ironie. L'originalité des Fiancésest manifeste: Manzoni établit un dialogue subtil entre le rédacteuranonyme d'un manuscrit du XVIIesiècle et l'auteur moderne, qui est censéle transcrire, entre celui-ci et le lecteur; il choisit comme héros del'histoire deux laissés pour compte et non pas les grands personnageshistoriques qui figurent dans le roman; il montre que l'injustice et lemal ne tiennent pas qu'aux institutions; il choisit une languetoscanisée, accessible à un très large public. Mais la littérature – tragédieou roman – lui apparaît comme un compromis insatisfaisant entre l'histoire etl'invention. Manzoni s'en détache pour signer des essais historiques,littéraires, linguistiques. Nommé en 1861 sénateur du royaume d'Italie, il accepteen 1870 la citoyenneté romaine.Dans le sillage de Manzoni les romans historiques se multiplient. Le plusréussi – et le plus autobiographique – est assurément Mémoires d'un Italien (posth.1867), dû au Padouan Ippolito Nievo (1831-1861). Ardent patriote, Nievoparticipe à l'expédition de Garibaldi en Sicile. Il meurt lors du naufrage dubateau qui le ramenait au Piémont. Présenté comme les souvenirs du noblevénitien Carlo Altoviti, Mémoires d'un Italien brosse une vaste etattachante fresque de la vie italienne de1775 à1855: l'éveilde la conscience politique du protagoniste est inséparable de son amour pourPisana di Fratta, l'une des héroïnes les plus réussies de la littératureitalienne.L'unification politique ouvre une époque nouvelle, dans le domainelittéraire aussi. Les trois dernières décennies du XIXesiècle sont àrattacher au siècle suivant.Présenté comme les souvenirs du noble vénitien Carlo Altoviti, Mémoiresd'un Italien brosse une vaste et attachante fresque de la vie italiennede1775 à1855: l'éveil de la conscience politique duprotagoniste est inséparable de son amour pour Pisana di Fratta, l'une deshéroïnes les plus réussies de la littérature italienne.
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