Honoré deBalzac
est le maître du roman conçu comme un absolu esthétique, son oeuvre estun aboutissement
littéraire sans précédent. A sa mort en 1850, il est salué parVictor Hugo comme "l’un des génies les plus puissants du monde".Le roman estune analyse détaillée d’un milieu et d’une passion; la minitieuse descriptiondes décors, des personnages et des caractères fonde le style particulier deBalzac. Un an après, en1830, alors qu’il est Consul à Trieste, il publie son chef-d’oeuvre, LeRouge et le noir. Mis en prison, il est condamné à mort, en dépit desefforts conj.ugués de Mathilde et de Madame de Rênal pour le sauver. LeRouge et le noir (l’amour et la mort) reflète les contradictions du mondeque Sorel traverse : le monde candide de la province et celui de l’expérienceinitiatique de Paris, l’innocence et le faux, le bonheur et le drame,l’existence et le néant. Par l’usage du "je" et du monologue, lelecteur suit les mouvements de la pensée et des sentiments de Julien, seshésitations, sa vision du monde.
Nerval, pris d’un amour fou envers cettefemme, la place au centre de ses écrits en la transposant en mythe. De nouvelles crises interviendront en 1849 et 1852. Il rédige lemanuscrit définitif d’Aurélia en 1854, qui est publié un an plus tard. Nervalconnaît alors une vie des plus misérables. L’Orient constitue unepremière étape dans le parcours thérapeutique et littéraire de Nerval (Voyageen Orient, 1851). Dans Sylvie (1853) et Les filles du feu(1854), est révélé l’extrême fragilité du
rêve d’amour, contrôlé et menacé parla marche du temps. L’écriture, vue comme une tentative de guérison, est unefusion du rêve et de la
réalité, car pour Nerval, contrôler et maîtriser sonimagination signifie retrouver l’unité de son être. Le
souvenir, comme chez Proust,est le catalyseur principal du rêve et de la reconstitution du moi entier,partagé entre celui d’autrefois et celui d’aujourd’hui. Le narrateur réunit lesfragments du moi dissocié, de la personne partagée, et ainsi le souvenir effacela dissemblance entre rêve et réalité. Rêve, souvenir, voyage :trois aspects d’une expérience qui tente de superposer les lieux et lesépoques, l’histoire d’un homme (Nerval) et celle de l’humanité. En mêlant rêveet réalité, l’écriture réalise "un épanchement du songe dans la vieréelle." Gérard de Nerval, par sarecherche entre rêve et réalité, précède Baudelaire et Mallarmé, puis lessurréalistes. (Paradoxe et Vérité).Poète controversé etviolemment attaqué de son vivant, Charles Baudelaire a été salué après sa mortcomme "le vrai Dieu" (Rimbaud), "le premiersurréaliste" (Breton), "le plus important des poètes"(Valéry), "le plus grand archétype du poète à l’époque moderne et danstous les pays" (TS Eliot). En bref, par son oeuvre novatrice etprovocante, Baudelaire incarne à lui seul la modernité littéraire. A 18 ans,Baudelaire est expulsé du lycée Louis le Grand à Paris, et son beau-père décidede le faire voyager jusqu’à Calcutta, en Inde. Pour survivre, Baudelairecommence à publier des articles dans des revues, ainsi que ses traductions desoeuvres d’Edgar Poe. En 1857, Baudelaire publie LesFleurs du mal, qui font immédiatement scandale et sont interdits à la venteun mois après leur parution. Une nouvelle version du recueil est publié en1861, mais ne se vend guère. Malgré ses efforts, Baudelaire ne parvient pas àse sortir de la misère, et sa créativité en souffre. La propriété de sesoeuvres complètes sera vendue pour une somme dérisoire, et sur son compterestait encore des sommes de l’héritage de son père. Dans les Fleurs du mal,qui rassemble plus de cent vingts poèmes, Baudelaire évoque son expérience dela dualité entre divinité et enfer, le Spleen et l’Idéal, ses amours maudits(Jeanne Duval la mulâtresse) ou platoniques (Madame Sabatier, sa muse etprotectrice), l’expérience douloureuse ou spirituelle de la solitude, lesparadis artificiels (vin, opium, haschich), la débauche et les voluptésinterdites (homosexualité, plaisirs sadiques). La poésie de Baudelaireestde facture classique, utilisant les artifices traditionnels du vers, et del’alexandrin en particulier. L’oeuvre de Baudelaire, dans son romantismeexacerbé et sombre, située au seuil de la modernité poétique, expose longuementle déchirement d’un individu, pris dans le mouvement contradictoire entre lebien et le mal, la laideur et la beauté, Dieu et Satan, l’enfer et le ciel, lafélicité et la douleur.Flaubert est certes unobservateur, et son travail littéraire repose en effet sur une largedocumentation, mais ses oeuvres sont avant tout le produit d’un style unique,lentement travaillé. Dans Mémoires d’un fou (1838), il raconte sajeunesse et son dégoût pour la société des hommes. Désireuse d’aller au bout decette passion, et de la vivre en liberté, Emma projette de fuir en Italie avecson amant et laisser derrière elle famille et vie de province. Cependant, aumoment du départ, Rodolphe se dérobe. Amoureuse et aveugle, Emma dépense unefortune en cadeaux pour son amant et finit par s’endetter gravement. Sansréponse possible devant ses débiteurs qui la pressent (elle demande même àRodolphe, son ancien amant, de lui prêter de l’argent, ce qu’il refuse), et nepouvant faire face à la honte et à l’humiliation de sa situation, Emma sesuicide à l’arsenic. Elle meurt dans d’abominables souffrances, son mari à sescôtés, qui ne comprend pas cet ultime geste de sa femme, qu’il a toujours aiméeet admirée. Emma se suicide, mais ce moment semble arriver indépendamment de lavolonté de l’auteur: l’action surgit, se déroule rapidement et ne donne paslieu à une analyse sur les motifs d’Emma, ses angoisses ou ses hésitations.
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