Traduit de l’anglais (États-Unis) par Gérard-Georges Lemaire Kathy Acker a déclaré au sujet de ses expériences littéraires : « Jeme suis alors intéressée au “
texte pur”. Aux textes des autres… C’étaitcomme quand on
est petit ; tout à coup ouvre un magasin de jouets et lemagasin de jouets s’appelait "la culture". » Grandes espérances, roman qui figure parmiles chefs-d’œuvre de Kathy Acker, offre une bien belle vitrine à cemagasin : ici tout est parodie, plagiat, pastiche. L’auteur convoqueDickens, bien sûr, mais aussi Guyotat – qu’elle est la première à avoirtraduit en anglais –, Proust, Ben Jonson, ou Pauline Réage ; elle mêleculture classique et culture populaire. Cette fausse éducationsentimentale s’articule autour du thème de la formation de l’identité –laquelle, comme la textualité, est brisée, fragmentée. Le « je » jouedouble jeu, et s’il y a un fil conducteur narratif, il se trouve danscette voix désenchantée, particulièrement poignante dans Grandesespérances. Le fantôme de la mère suicidée hante le texte de même qu’ilhante la biographie d’Acker, les regrets, le désespoir latent prenantle pas sur l’énergie punk des premiers textes. Dans ce roman écritquatre ans après Sang et stupre au lycée,Kathy Acker fait montre de toute sa maturité. Si la rageirrévérencieuse, la dérision, la sensualité dévorante des livresprécédents irradient encore Grandes espérances, ce texte nouséblouit par sa maîtrise de l’écriture et de la construction, et nousbouleverse par ses tonalités mélancoliques.ATHY ACKER est née en 1947 à
New York. Élevée dans une famille aiséed’origine juive allemande, la jeune Kathy ne trouve pas sa place dansla cellule familiale bourgeoise. Elle étudie la littérature, devientl’assistante de Herbert Marcuse, gagne sa vie en faisant du strip-teaseà Times Square. Elle participe à la scène
littéraire new-yorkaise,collabore avec des groupes punk. Revendiquant l’héritage littéraire etcritique français (de Rimbaud aux post-structuralistes), saréappropriation de l’histoire littéraire lui vaudra le qualificatif depirate. Héritière de Burroughs, elle domine dans les années 90 la scènelittéraire avant-gardiste. Kathy Acker meurt d’un cancer du sein en 1997 à Tijuana. Traduite dansle monde entier, elle est enseignée dans un très grand nombred’universités, dans les pays anglo-saxons comme ailleurs, et notammenten France. L’un des plus audacieux et des plus brillants romanciers américains de ces trente dernières années. Los Angeles TimesSa sensibilité à vif, son intelligence subversive, son espritravageur font de Kathy Acker un auteur qui ne ressemble à aucun autre. New York TimesKathy Acker garde la flamme de nos frères de sang, Nerval et Artaud et Baudelaire. Diamanda Galás
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