Cette
cigarette, auparavant petit plaisir occasionnel,
est devenue ma compagne, juste après mon divorce. La solitude est pour moi une ennemie. A présent, me voilà prisonnière de deux ennemies. Il faut que je quitte les deux. Mais comment faire?Depuis quelques mois déjà, j’y réfléchi très sérieusement. Cette cigarette que je
prends dès que je suis en mal être, c'est-à-dire dès le petit déjeuner, me prends toute mon énergie et m’empêche d’avancer. Je veux la quitter mais c’est elle qui m’attire. Je suis comme une mouche prise dans une toile d’araignée. Je me débats mais ne peut m’en échapper. Avec elle j’ai l’impression de fuir mais c’est tout le contraire, elle m’emprisonne dans un monde où je ne veux pas être.Je prends cette cigarette pour me détendre, mais elle m’affaiblit. Je le sais, elle est mauvaise pour ma santé, mais je ne veux pas y penser. Elle ne me veut que du mal et pourtant je la prends comme si elle pouvait me réconforter. Quand je la prends, j’ai l’impression de me rattacher à la
vie mais, quand je la fume, immédiatement je me sens fatiguée et impuissante. Je le constate dans mon miroir, ma peau se dessèche et ça aussi je le vis très mal. Depuis un an que je fume assidûment, mes rides se multiplient.Je ne bois de l’alcool qu’occasionnellement car je ne le supporte pas. Je me demande encore pourquoi je fume, puisque je ne le supporte pas davantage. Comment en sortir? Je ne me sens pas accroc, mais seulement en manque d’affection dans cet univers sans vie. Cette cigarette ne remplace pourtant pas ce qui ma manque le plus. Mais avec elle, le temps passe. Elle est venue incidemment rythmer le temps de ma vie. Une cigarette pour prendre le temps de penser, une pour m’aider à passer un cap, une autre pour attendre que la vie change…Cette fausse amie m’accompagne dans tous les moments de ma vie et me manque quand je dois m’en abstenir.Bien sûr, les laboratoires proposent des remèdes à cette prise de tabac, mais ceux-ci échouent bien souvent. La médication n’est pas la panacée et ne peut en aucun cas remplacer la motivation de rompre cette attache qui me paraît pourtant si fragile.Chaque jour, la corde qui me mène vers l’arrêt total du tabagisme s’use davantage, et je voudrais tellement qu’enfin elle se rompe. Pour cela je dois rythmer ma vie avec un autre substitut, mais lequel? Ce ne sont pas les idées qui me manquent mais le courage d’aller au bout de mes projets. J’en suis arrivée là. Je réfléchis dans la fumée pour chasser ma première ennemie, la solitude.
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