L'enfer, c'
est les autres... Et si c'était aussi la solitude ? Et si l'enfer provient de l'autre, n'est-ce pas justement parce
qu'il m'est nécessaire au moint que je ne puisse vivre sans lui ? L'autre a le pouvoir de me rendre seul -en me rejettant-. C'est le pouvoir le plus immense qui soit. Il tient ma vie entre ses mains. Mais je tiens aussi la sienne. Alors? Chantage réciproque ? Est-ce l'essence des
rapports humains ? Si tu me rejettes, je n'existe plus, mais si c'est moi qui te rejette, tu n'existeras pas davantage. Ce qui pourrait se dire ainsi: accepte moi sous peine que moi — ou un autre, de mes amis— te rejette et t'anéantisse, et je t'accepterai, car j'ai peur que tu en fasses autant contre moi. Rapports de force implicites, chantages subreptices, "échanges" comme disent un peu hypocritement les philosophes... constitueraient la substance des rapports humains. Il importe par conséquent que je sois le plus fort possible, —c'est à dire le plus entouré qu'il se puisse— afin que mon outil de chantage soit plus efficient et plus redoutable que celui de l'autre. C'est la clef de la recherche éperdue des honneurs, de la notoriété, de la vie mondaine au sens Pascalien du terme. L'homme seul, à moins qu'il ne s'agisse d'un mystique, est voué à la déréliction. C'est également la raison de l'agrégation des hommes entre eux, en troupeaux compacts — clans, castes, ethies, religions comme principe de cohésion sociale—
troupeau qui se renforce et renforce à la fois ses membres uns à uns, contre l'out sider ou l'autre troupeau qui menacent. C'est aussi la raison du rejet de l'autre, de celui que l'on dit "marginal" — une quasi insulte si banale qu'elle ne signifie plus rien en soi, mais seulement en tant que symbole épouvantail— . Car pous être soudé, il faut l'
amour... Mais surtout la haine. L'amour est un donné banal, suave et souvent un peu controuvé. Je t'aime ne mange pas de pain, en somme. La haine en revanche est plus puissante, plus féconde : combattre pour quelqu'un constitue la preuve la plus éclatante et romanesque de l'amour qu'on lui voue. C'est pourquoi les troupeaux ont besoin d'un troupeau ennemi. Ou d'un ennemi solitaire, toujours plus accommodant et moins dangereux.Un essai percutant et inquiétant, cynique et drôle à la fois. Voir site
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