Née dans un milieu modeste Joëlle passe son enfance à Alençon petite ville de Basse Normandie où l’accès à la culture ne va pas de soi. Elle raconte la vie simple et difficile de ses parents, et le chemin qui l’a conduite à faire des études d’abord puis à devenir écrivain, profession improbable dans son milieu.
Pour écrire elle ressent le besoin de s’isoler, à l’abri des émotions parasites de la vie quotidienne y compris de son entourage. Elle a soif d’un endroit où elle puisse « trouver les creux, inventer des pages blanches de l’occupation des autres ». Elle tombe sous le charme d’une ancienne maison de ferme tapie au milieu des collines du Perche. L’état délabrée de la maison ne la décourage pas, elle sait, elle sent que c’est là qu’elle peut se poser pour écrire.
Avec peu d’argent mais beaucoup de courage elle aménage « sa » demeure, restaure et répare sans relâche. Amoureuse de la campagne qui l’entoure et du jardin où tout est à recréer elle se sent bien dans ce chez qu’elle installe chaque jour un peu plus à la force du poignet, apprenant tous les métiers du maçon au couvreur, en passant par le menuisier. Elle écrit aussi quand il lui reste un peu de temps.
A côté de la maison, ouvrant sur la cour il y a un hangar vide. L’ancien propriétaire ne l’utilise pas. Le temps s’étire doucement, dans le labeur et la sérénité. Jusqu’au jour où un jeune agriculteur, M S, souhaitant s’agrandir rachète les terres environnantes et le hangar.
Alors l’enfer commence. Le jeune agriculteur M S, en dépit des lois régissant ce type d’installation, installe cent trente bovins dans le hangar avec tous les inconvénients qui en découlent, mouches, rats, odeurs de fumiers pollution du puits et du cours d’eau voisins. Dans le même temps une polémique au sujet d’un projet d’installation de porcherie dans un village proche provoque le mécontentement de deux amis de M S, très influents dans le milieu agricole. Joëlle Guillais a soutenu les personnes qui s’opposaient à ce projet et qui ont eu gain de cause. Ecrivain témoin du monde agricole elle s’est inspirée de ces faits pour son roman « la ferme des orages ».
Faut-il y voir un rapport de cause à effet, M S a un comportement de plus en plus gênant. Les bêtes qui ne sont pas soignées en temps beuglent tôt le matin et toute une partie de la soirée. Les allées et venues des tracteurs, désileuses–pailleuses et engins agricoles envahissent la cour provoquant autant de bruit qu’un chantier de travaux publics. La vie dans la petite maison est devenue infernale.
Joëlle essaie de négocier, puis se bat pour faire respecter les lois. Pas seulement pour sa tranquillité perdue mais aussi par amour de la campagne. En but à une hostilité imbécile et un machisme d’une autre époque, Joëlle se tourmente, en perd le sommeil et finalement ne peut plus écrire. Harcelée jusque chez elle, injuriée, menacée même, elle poursuit courageusement son combat, s’opposant aux élus, démarchant seule les administrations concernées.
Avec spontanéité, dans un style vif et sensible elle relate son combat contre ces agriculteurs qui n’honorent pas leur profession. Elle dénonce aussi l’impuissance de l’
administration contre le lobby des syndicats agricoles. Elle parle aussi des autres, ceux qui la soutiennent dans son combat mais qui n’osent pas toujours s’exprimer publiquement de peur des représailles.
Au final Joëlle quittera sa maison, son havre de paix, son refuge qui lui avait permis d’écrire de si jolies pages sur la vie à la campagne. Elle retourne à Paris. Pourra-t-elle encore parler, enfermée entre quatre murs de béton, de ce
monde paysan qui lui a si mal rendu l’intérêt et l’amour qu’elle lui porte, elle qui sait si bien en décrire la beauté en même temps que la dure réalité ?
Plus d'abrégés à propos de Mauvaises nouvelles littéraires