Lune sanglante est le troisième
roman de James Ellroy, le premier publié en France. C''est également le premier volume de la trilogie Lloyd Hopkins (les deux autres étant
À Cause de la Nuit et
La Colline aux Suicidés).
J''avais déjà lu les deux premiers romans de l''auteur,
Brown''s Requiem et
Clandestin, que j''avais beaucoup aimé. Avec
Lune Sanglante, j''ai le sentiment qu''Ellroy est passé à la "vitesse supérieure", son écriture a décollé, pris sa forme mature, pour devenir quasi parfaite.
À la manière de Simenon dans un tout autre genre, c''est une écriture où chaque mot est juste, travaillé, profond. Pas de fioritures inutiles, pas non plus de concision trop extrême. Juste ce qu''il faut pour plonger dans l''intrigue et dans l''univers des personnages.
Le personnage principal est Lloyd Hopkins, flic génial, coriace au possible, et obsédé par un idéal : protéger l''
innocence, le peu d''innocence qui reste dans ce monde, et en particulier dans sa bonne vieille ville de Los Angeles.
L''intrigue : un poète psychopathe à ses heures massacre des femmes depuis 20 ans en toute impunité, personne n''a jamais fait le lien entre ses meurtres, certains ont
même été classés comme suicides. Un poète doué, donc, qui partage avec Lloyd ce curieux idéal de protection de l''innocence.
Les deux hommes, chacun à leur manière, se prennent un peu pour des super héros, sans le côté clownesque et prétentieux de la chose, ils sauvent des âmes, des femmes... Mais avec une différence de taille : l''un tue, l''autre aime. Et ils s''affrontent donc, arc-boutés dans le même effort obsessionnel.
Lloyd sacrifie pratiquement sa carrière et sa vie de famille pour mettre la main sur "son" assassin. Il agit comme si sa survie, en plus de celle de l''innocence, en dépendait. C''est peut-être effectivement le cas.
Contrairement à d''autres romans (polars
ou pas), le héros, Lloyd n''est pas ce qu''on peut appeler "sympathique", il peut heurter, choquer, agacer ou être totalement incompris. Il n''en reste pas moins qu''il est passionnant et intriguant. À défaut de s''identifier béatement, on est surtout captivé par la profondeur et les contradictions du personnage. Reflet peut-être de l''écrivain lui-même ; étrange homme que ce Ellroy.
Dans tout le roman, comme dans les deux précédents, mais de façon plus assumée et plus troublante, une atmosphère quasi mystique, peuplée d''idéal, de mort, de transcendance. Ajouté à ça une sensualité omniprésente, quelle que soit sa forme d''expression : amoureuse ou morbide.
Les femmes, plus encore que Lloyd le flic super-héros, sont le point central du roman, autour d''elles tournent l''univers, tout y revient, un jour ou l''autre.
Lune sanglante est pour moi un fabuleux roman noir et initiatique, il ne peut pas laisser indifférent. Il laisse ce petit goût étrange qui chatouille l''esprit lorsqu''on a approché de très très près la perfection littéraire, et lorsque l''on s''est frotté à la profondeur de l''esprit humain, ses bas-fonds, semblables en tout point aux égouts d''une jungle urbaine.
À lire absolument !!!
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