La première
partie est dominée par
le personnage de Charlus et son
homosexualité. Proust se livre ici à une analyse rarement faite avant lui dans la littérature, celle des &
laquo; minorités érotiques &
raquo;. Il veut leur donner dans son œuvre la place qui est la leur dans la société, celle d’une « partie réprouvée de la collectivité humaine », les « hommes-femmes ». L’homosexualité de Charlus, qui est le pendant de la propre homosexualité de Proust, n’est pas condamnée, sinon dans ses excès de comportement. Proust s’applique à analyser, en même temps que les différentes natures d’« invertis », la difficulté pour eux de trouver la satisfaction de leurs désirs.
La seconde partie revient sur les fréquentations mondaines. Au monde des Guermantes vient s’ajouter celui des Verdurin, « au petit clan » auquel Swann a appartenu autrefois et que le
narrateur fréquente assidûment. Mais le roman est avant tout consacré au récit de la passion grandissante du narrateur pour Albertine.
Un second séjour à Balbec, là où il était venu avec sa grand-mère, en ravive le « triste souvenir » et redonne une part d’existence à la disparue. S’ensuit une méditation sur le temps et le deuil qui fait se mêler la mémoire de l’enfance et la perception tragique de la durée.
À Balbec encore, s’affirme l’existence de Gomorrhe et des amours féminines, auxquelles Albertine ne semble pas indifférente, éveillant la jalousie du narrateur. Celui-ci renonce à son projet de mariage et s’apprête à rompre avant de décider Albertine à venir vivre avec lui à Paris, où il la retiendra « prisonnière », titre du volume suivant.
Placé au cœur du cycle de la Recherche, Sodome et Gomorrhe — et plus particulièrement la seconde partie — en constitue l’un des pivots autour duquel s’articule l’œuvre tout entière. Sa construction complexe semble, en partie, dévoiler celle de toute la Recherche. La vie mondaine du narrateur, auprès des Guermantes comme chez les Verdurin, voit se rapprocher les deux « côtés ». Plus encore, la passion amoureuse pour Albertine y prend un tour irréversible, alors qu’apparaissent les premiers doutes sur son homosexualité supposée, qui seront les moteurs des deux romans à venir.
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