La première croisade créa quatre états latins : Le royaume de Jérusalem, le comté de Tripoli, la principauté d’Antioche et le comté d’Edesse. Une nouvelle société coloniale chrétienne naquit en ce temps là en terre musulmane. Mais, la plupart des pèlerins, une fois leur devoir accompli, s’en retournèrent chez eux laissant des territoires outre-mer faibles et menacés de disparaître sous l’Islam. C’ est dans ce contexte que certains chevaliers soucieux de défendre l’Eglise dans tout le Moyen Orient se placèrent aux services des chanoines du Saint-Sépulcre où ils hébergèrent dans les hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem. En 1114, un certain Hugues de Payns rejoint cette confrérie militaire. Il a tôt fait de convaincre le roi de Jérusalem Baudouin 2 pour créer un ordre indépendant. Baudouin 2 installe ce nouvel ordre dans son palais qui était assimilé au temple de Salomon. On prend aussitôt l’habitude d’appeler ces frères « les pauvres chevaliers du temple de Salomon ». En 1120, l’ordre est approuvé par le patriarche et le roi et leur nom devient Templiers. Dès leurs débuts, les Templiers furent une organisation prestigieuse. Beaucoup de gens y lièrent leurs destins (en 1125, le comte de champagne se faisait Templier), mais il fallait encore que le pape reconnaisse cet ordre. En 1127, c’est Hugues de Payns lui-même qui alla trouver le pape, et il lui assura la promotion de son ordre en France, en Angleterre et en Flandre. En 1129, le concile de Troyes donna son soutien à cette nouvelle milice, et l’ordre avait la particularité d’être indépendant de tout pouvoir hormis celui du pape. L’Ordre des Templier était tout d’abord un groupe ouvert aux aristocrates. Mais les non nobles pouvaient eux aussi l’intégrer. Leurs taches différaient de celles des aristocrates dans le sens où ils étaient plutôt employés dans les travaux administratifs et logistiques, mais ils pouvaient eux aussi combattre. Après le concile de Troyes, des compagnons d’Hugues de Payns furent envoyés dans tout l’ occident pour récolter les donations. Ils reçurent partout un accueil favorable et en 1128, les souverains chrétiens voulurent que les Templiers les aident à repousser les musulmans d’Espagne. C’est alors que l’Ordre s’agrandit considérablement en s’implantant sur les deux rives de la Méditerranée. Alors que la maison mère, celle qui abritait le grand maître resta à Jérusalem jusqu’en 1187 puis à Acre jusqu’en 1291 puis à chypre, l’Ordre devînt si puissant qu’il obtînt des ramifications sur tout l’Orient et l’Occident. En 1307, la gloire du Temple était révolue car un procès de grande envergure allait s’abattre sur lui l’accusant d’hérésie voire de satanisme.
Saint Bernard et l’abbé de Cluny voyaient dans le Templier une fusion entre le moine et le chevalier. Dans la littérature érudite ils sont désignés comme « des moines soldats ». Comme tous les moines bénédictins, les Templiers respectaient le triple vœu monastique (pauvreté, chasteté, obéissance). La règle que les Templiers respectaient était la règle des chanoines du Saint Sépulcre, c’est celle de Saint Benoît, imposée au 6eme Siècle et respectée dans tous les monastères d’Occident. Le Templier a donc le droit a une nourriture abondante et à du confort mais il doit réprimer de sa vie l’orgueil et les manifestations de l’ethos. Tout comme le Christ, il doit avoir le sens du sacrifice et de la loyauté. Cependant, les Templiers faisaient usage des armes. Et malgré qu’il aient été présents sur tous les fronts ( Péninsules Ibérique, Palestine ), une série de papes qui avaient auparavant amorcé une réforme : la réforme dîte grégorienne, laissèrent beaucoup de gens avoir de l’animosité vis-à-vis de cet ordre. Les propos qui nous sont parvenus viennent des milieux monastiques dès les années 1128. Saint Bernard, le Chartreux Guigues, le clunisien Pierre le Vénérable et Isaac l’Etoile voyaient avec circonspection cette nouvelle expérience religieuse. Ils restent tous convaincus que la mission monastique classique vaut bien mieux que de tuer et dépouiller ses morts. L’alliance du mile (guerrier) et de l’orator (celui qui prie) était décidément pour eux impossible. Passé 1180, l’Ordre du Temple redevînt à la mode, vu l’efficacité de leur mission en Terre Sainte, mais au 13 eme Siècle, de nouveaux reproches se levèrent sur eux du fait que les états latins s’affaiblissaient sous la pression des Mamelouks musulmans. En 1291, la terre Sainte fût perdue par l’Occident mais ce n’est pas pour autant que les Templiers perdirent de leur renommée et de leur prestige.
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