Le raté de calibre international pose systématiquement problème aux autres lorsqu’il découvre le rôle de
père. Donner naissance à un enfant lui importe peu évidemment, c’
est constituer un clan à sa botte qui le fait vibrer. Vu
qu’il n’a jamais ouvert le moindre ouvrage invitant à la réflexion, l’autocritique naturellement absente de ses gènes continue de briller par son absence. Si toutefois ce genre de con cherchait à comprendre le sens de ce mot, il l’étiquetterait comme un moteur du pourrissement de cette « société de fiotes ».
L’enfant est l’occasion pour notre ordure d’exercer pour la première fois son autorité. Tout le monde prend goût à cela mais dans le cas pathologique qui nous intéresse, cela tourne à la fixation. Les méthodes durcissent rapidement avec l’enfant, éclaboussent la femme puis la noient elle aussi. La ceinture est plus souvent détachée et posée sur la table qu’assignée à son rôle naturel. De toutes façons, elle a bien du mal à faire le tour du gros bide tout puissant, du maître absolu d’un territoire immense, s’étendant des chiottes jusqu’à la porte d’entrée…
Ce destin ordinaire de tant de familles du monde est peut être le seul lien universel des civilisations : quelque soit la culture, la religion ou le niveau social, la médiocrité des hommes finit toujours par tuer leurs proches.
Les pays occidentaux connaissent une variante, plutôt un degré supplémentaire d’expression. C’est l’exemple du père de Lutécia. Cet homme minable à la naissance le sera jusqu’à sa mort. C’est d’ailleurs la seule certitude que l’on puisse avoir avec lui. Le quotidien qu’il a réservé aux siens est donc tout à son image ; d’une banalité assassine. Sauf que son cas est chargé d’un puissant révélateur : le mirage des seventies. Toutes les illusions auxquelles il a cru adhérer dans ces jeunes années se sont transformées en désillusions amères ; et l’absence d’autocritique aggrave encore une fois le comportement. Ses paradoxes se traduisent en énervement perpétuel. Cet homme, peureux jusqu’à en craindre sa jeunesse, voit dans toute attitude s’écartant de son culte comme une forme de contestation… La paranoïa mêlée à la gnole ne génère que les coups. Ah oui, l’abruti a décidé de rompre définitivement avec le passé et d’arrêter de se « pourrir la tête » avec de « la merde chimique ». Donc il tourne à la gnôle frelatée, entre 5 et 15 verres jour. Même pour ça il n’a pas de goût. Le jour où Lutecia lui a offert une bouteille de calvados… La réponse plutôt expressive du père lui a permis de comprendre qu’il fallait se contenter de se taire et d’attendre…
Ce qui était dur c’est qu’à l’extérieur, aux regards des autres, son père n’était qu’un « baba » de 45 ans. Un beauf bonasse resté sur sa planète seventies. On dénonce souvent les anciens soixante huitards qui sont les plus rudes en affaires ; les nababs de l’informatique et du textile qui font bosser des gamins colorés à la chaîne mais qui continuent à écouter Hendrix et Santana comme si de rien n’était. Pendant que leurs esclaves luttent pour se nourrir, eux racontent Wood-Stock à leurs mômes, la larme à l’œil.
C’est dégueulasse, hein ? Pour Lutécia c’est encore pire, la médiocrité de son géniteur l’a rattrapée en raccourcissant la chaîne. L’esclave c’est elle, et la nostalgie lui est contée à grand coups de ceinturons, histoire qu’elle comprenne qu’avant c’était « aut’chose ». Difficile de s’épanouir dans ce contexte… Le comble c’est qu’au début, à « petite dose », la douleur se fait entendre, des cris, des insultes puis, à force, les coups forcent au mutisme.
Et la mère dans tout ça ? Comme au commencement, nombriliste. Non pas qu’elle ait abandonné sa fille à la tyrannie de son père pour se protéger, juste qu’elle y était parfaitement imperméable. Si l’autre taré avait stoppé le matos lourd, maman avait gardé ses habitudes. Deux solutions pour expliquer cette démarche. La première, philosophique et ésotérique : la came l’a coupée de son monde et l’a conddamnée à passer sa vie avec un puritain de la débâcle ; désabusée de ne pas avoir eu le courage de résister à ce destin dramatiquement banal, elle a cherché à boucler la boucle en augmentant les doses et les variantes. La deuxième est moins Freudienne mais plus simple : maman était une vraie camée, accro à la défonce et prête à tout sacrifier contre une dose de poudre ou quelques grammes d’acides. Quoiqu’il en soit, la mère de Lutécia a obtenu le minimum d’éclat que son mari n’aura jamais ; comme un pied de nez pour ses adieux : elle est la seule a avoir fait une overdose en plein milieu d’un bureau de poste et à l’heure des grandes affluences. Ses collègues postiers ont déclaré ne rien avoir remarqué d’anormal, cela en dit long sur l’implication des « jaune et bleu ».
Heureusement, maman s’est envoyé l’ultime fixe à deux jours de la majorité de sa fille. Cela a permis à Lutécia de se détourner de l’attention de son père et de filer à la seconde même où elle a été en âge de le faire.
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